Marine Vacher, conseillère conjugale et familiale au Planning familial de l’Isère, nous informe sur la campagne de prévention de santé sexuelle et affective à l’intention des lesbiennes et des femmes ayant des relations sexuelles avec des femmes (FSF) que vient de lancer l’antenne iséroise de l’association féministe et d’éducation populaire. 

Quelles sont vos fonctions au sein du Planning familial de l’Isère ? 
Marine Vacher : Je suis conseillère conjugale et familiale, je réponds aux gens qui prennent rendez-vous sur des questions en rapport avec la sexualité. Ça peut très large : relations, contraception, dépistage, santé sexuelle, violences, problématiques liées à la sexualité. Les personnes viennent pour des raisons très variées. 

Recevez-vous  également des couples lesbiens ou homosexuels pour les aider dans leur vie conjugale ?  
Je ne crois pas que ça me soit arrivé. Mais de cette campagne de prévention émane le constat que le Planning semble peu fréquenté par les couples lesbiens et gays, alors que ça pourrait être une ressource pour toutes les questions que je viens de citer. Çconcerne aussi bien les personnes hétéros que bi ou homos. C’est l’idée de cette campagne de rendre cela visible. 

« Nous avons fait le constat de l’invisibilité des femmes ayant une sexualité avec des femmes dans les campagnes de prévention »

 

marine vacher prevention-affichesCette campagne de santé sexuelle et affective à destination des lesbiennes et des FSF est une initiative du Planning familial de l’Isère. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous adresser spécifiquement à cette population ?  
Nous avons fait le constat de l’invisibilité des femmes ayant une sexualité avec des femmes dans les campagnes de prévention, au sein des lieux de santé sexuelle, comme plus largement au niveau de la société. Les lesbiennes sont peu visibles et cela entraine un manque d’information au niveau de la santé sexuelle. On ne sait pas forcément vers quelle structure s’orienter si on a un souci, on pense aussi ne pas être concernée. Le but de cette campagne est à la fois de communiquer auprès du public potentiel mais aussi auprès des professionnel·les de santé pour rendre visible les problématiques liées à la sexualité lesbienne.

« L’idée de la prise de risque est associée à la pratique pénétrative, à la présence du pénis »

 

Cela signifie-t-il que les lesbiennes sont moins prises en compte dans les campagnes de prévention que les femmes hétérosexuelles et que les hommes homosexuels ?  
Oui, en fait on observe une double représentation par rapport à la sexualité lesbienneD’un côté, on se représente la sexualité lesbienne comme sans pénétration ou on va jusqu’à nier la possibilité d’une sexualité entre femmes. Et de l’autre, on imagine que le risque d’IST est uniquement lié à la pratique de la pénétration. Ces deux représentations conjuguées invisibilisent la sexualité des lesbiennes. Les lesbiennes et les FSF sont donc amener à prendre des risques sans le savoir. Prendre des risques en le sachant, c’est une chose, en sachant ce à quoi on s’expose et les moyens de gérer ensuite. Mais y aller à l’aveugle, ça expose davantage les personnes. Cela a même des conséquences au niveau de la prise en charge médicale. Certaines femmes s’entendent ainsi dire qu’elles n’ont pas besoin de certains dépistages, ce qui s’apparente à un refus de soins. C’est sûr que si une femme hétérosexuelle vient et dit qu’elle a eu un rapport non protégé, on lui prescrit très facilement un dépistage. Pour les hommes ayant des rapports avec les hommes aussi. Mais pour les lesbiennes, on leur dit qu’il n’y a pas de risques, que ce n’est même pas vraiment une sexualité. C’est non seulement problématique mais également inégalitaire.  

Diriez-vous  que le manque d’information s’exprime à deux niveaux : les lesbiennes elles-mêmes sont mal informées sur les risques qu’elles peuvent prendre avec leur sexualité et, de surcroît, le personnel médical n’est pas formé de manière satisfaisante pour les renseigner sur ces questions-là ?  
Oui absolument, l’idée de la prise de risque est associée à la pratique pénétrative, à la présence du pénis, notamment chez les lesbiennes cis. C’est différent pour les lesbiennes trans, chez qui la présence du pénis peut induire l’idée de risque. Concernant le personnel médical, il y a une nécessité de formation afin d’accueillir les patientes avec des questions suffisamment ouvertes pour parler authentiquement de leur sexualité et des risques éventuels.  

« On suppose que les lesbiennes et les FSF n’ont pas besoin de contraception, s’installe l’idée qu’il n’y a pas de question gynécologique si on a une sexualité entre vulves. »

 

marine vacher prevention-affiches 1Votre campagne aborde la question du suivi gynécologique. Comment expliquez-vous que peu de lesbiennes et de FSF consultent régulièrement un·e gynécologue ?  
Comme on associe gynécologie et contraception et qu’on suppose que les lesbiennes et les FSF n’ont pas besoin de contraception, s’installe l’idée qu’il n’y a pas de question gynécologique si on a une sexualité entre vulves. Or le suivi gynéco sert surtout à détecter un cancer du sein ou un cancer du col de l’utérus, qui touchent toutes les femmes,  indépendamment de leur sexualité. Les lesbiennes connaissent généralement un dépistage plus tardif et donc une prévention moins satisfaisante de ces problèmes de santé-là. 

Disposez-vous  de ressources pour conseiller des gynécologues qui ont l’habitude de travailler avec des patientes lesbiennes ou FSF ? 
Dans les centres de planification, nos médecins sont formé·es à la gynécologie et font des frottis et de la prévention du cancer du sein. De plus, ils et elles travaillent aussi en libéral et peuvent recevoir dans leur cabinet. Et puis il y a aussi des listes de soignant·es bienveillant·s et/ou féministes. Ça fonctionne également beaucoup par le bouche à oreille pour éviter de s’exposer à de la violence verbale ou à une indifférence étonnée.  

marine vacher campagne preventionVous consacrez également une partie de la campagne à la question des violences conjugales au sein des couples de femmes. Pourquoi est-il nécessaire d’aborder cette question ?  
Pour, encore une fois, lutter contre certaines représentations et notamment celle qui veut que les femmes soient naturellement douces, gentilles, bienveillantes, non violentes et qu’il n’ y aurait donc pas de possibilités de violences conjugales dans un couple de femmes. Il y a peu d’études et de statistiques sur la question. Le but de notre campagne, c’est aussi de pointer du doigt ces impensés de la société. En tout cas, nous sommes parti·es  du postulat qu’il n’y a pas de raison qu’il n’y ait pas de violence au sein des couples de femmes. Même si les mécanismes ne sont pas forcément les mêmes que ceux de la violence conjugale hétérosexuelle, cette violence existe quand même. Mais vers qui se tourne une femme victime ou autrice de cette violence ? Les associations qui protègent des violences conjugales sont clairement identifiées comme étant à destination des femmes hétérosexuelles, on présume que c’est l’homme qui est violent. Cela ajoute une discrimination supplémentaire alors qu’on connait la difficulté à pousser la porte des associations lorsque l’on est victime de violences conjugales.  

« L’espace public pour les femmes est très exposant, pour les couples de femmes c’est comme une double peine. »

 

marine vacher prevention-affiches1Votre campagne aborde aussi la question de la violence lesbophobe. Comment s’illustre-t-elle ?  
La question de la visibilité est également au cœur de cette problématique. On ramène toujours les femmes à une sexualité hétérosexuelle. On met les femmes dans le rôle d’une disponibilité sexuelle par rapport aux hommes, c’est ce qu’on a voulu montrer avec l’interpellation sur l’affiche « vous voulez pas plutôt sucer ma … ». En outre, les lesbiennes sont un objet de fantasme. Donc elles sont ramenées sans cesse à une inexistence, à une contrainte à l’hétérosexualité, ce qui est symboliquement très violent. L’espace public pour les femmes est très exposant, pour les couples de femmes c’est comme une double peine.  

Quand on voit les répercussions de l’invisibilité des lesbiennes et des FSF sur ces questions de santé sexuelle et affective, on se demande pourquoi votre campagne n’est pas nationale. 
On peut se le demander, oui. Le Planning familial est une association identifiée comme s’adressant majoritairement aux hétéros, pour dire clairement les choses. Quand on travaille au Planning, on est peu confronté aux questions des lesbiennes et des FSF parce que les personnes qui nous consultent n’osent pas forcément nous parler ouvertement de leur sexualité. Mais il y a quand même une véritable réflexion au niveau national sur la question. Et le Planning se positionne régulièrement contre les LGBTphobies. D’ailleurs, cette campagne a eu un retentissement au sein de diverses associations et plusieurs villes nous ont demandé de la leur envoyer. Il y a donc un intérêt pour la santé sexuelle et affective des lesbiennes et des FSF.   

Contact : Le Planning familial de l’Isère, 30 Boulevard Gambetta-Grenoble / 04.76.87.94.61 / isere.planning-familial.org 

 

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