Dans la nuit du 14 au 15 juin, la vitrine du Centre LGBTI de Lyon a été encollée d’affichettes et taguée par un collectif nommé BIATCH (Brigade Insurrectionnelle Autonome des Tchoins Carrément Hétérophobes) qui appelle à une meilleure inclusion des minorités au sein du centre.

H146une edito renouer dialogueLe lendemain, la 24e Marche des fiertés de Lyon a été annulée faute d’un compromis possible entre l’association organisatrice (LGP) et des militant·es antiracistes, antifascistes et anticapitalistes qui souhaitaient former un pink bloc en tête de cortège (pour l’enchaînement des faits, voir p. 9). Si aucun lien n’a été établi entre les deux événements, ils sont néanmoins les symptômes d’une fracture profonde au sein de la communauté LGBT lyonnaise. Il est question ici de symboles. Qu’on soit en accord ou pas avec la LGP, nul·le ne peut se réjouir que la Marche des fiertés, qui devait à nouveau cette année passer dans le Vieux-Lyon, quartier revendiqué par l’extrême droite lyonnaise, n’ait pas eu lieu. Qu’on soit en accord ou pas avec l’équipe dirigeante du Centre LGBTI, ce lieu constitue le cœur de la vie associative LGBT lyonnaise, c’est notre maison commune, et le fait qu’il subisse le même traitement que le cabinet du gynécologue Raphaël Nogier, chantre local de la Manif pour tous, brouille considérablement le propos. Évidemment que le combat pour une meilleure prise en compte des personnes les plus précaires, les plus fragiles et les plus discriminées est un combat nécessaire. Évidemment que les revendications des personnes les plus discriminées doivent être entendues par celles et ceux qui jouissent de privilèges. Malheureusement aujourd’hui, c’est la défiance et l’incompréhension qui dominent. Interrogé sur la possibilité de négocier avec la LGP, un militant du cortège de tête nous a répondu : « La discussion, c’est leur mode d’action, pas le nôtre. » De son côté, la LGP botte en touche en affirmant être ouverte à la discussion mais regrette de ne pas avoir d’interlocutrice ou d’interlocuteur identifiable. La réunion de débriefing de la Marche qui devait se tenir le 25 juin aurait peut-être permis d’amorcer le dialogue. Elle a malheureusement été reportée sine die par la LGP qui craignait des débordements. Nous en sommes donc réduit·es à nous méfier des un·es et des autres et à avoir peur de nous rencontrer. Il est sans doute temps de nous souvenir que nous avons des ennemi·es commun·es qui savent parfaitement, malgré leurs désaccords, s’unir contre nos droits.  

 

© Sarah Fouassier

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