En surfant sur la sérophobie et la désinformation pour justifier le recours à la violence, un syndicat de police nous replonge dans les heures les plus sombres de la lutte contre le VIH-sida.

La vidéo a été tournée le 18 janvier, en marge d’une manifestation des gilets jaunes à Paris. On y voit des policiers interpeller un manifestant et le frapper, alors que l’homme est au sol. Devant la polémique provoquée par de telles images, dans un climat social tendu où les violences policières tendent à se multiplier de manière alarmante, Stanislas Gaudon, porte-parole du très à droite syndicat de police Alliance, était invité à s’expliquer sur l’antenne de France Info dès le lendemain. Pour justifier le recours à la force déployée par ses collègues, le syndicaliste a alors expliqué que le manifestant avait craché du sang au visage du policier qui l’interpellait en déclarant : « J’ai le sida, tu vas crever ». Très rapidement, cette déclaration a été reprise par plusieurs médias, sans même que son bien-fondé soit remis en cause. Or, non seulement le manifestant incriminé conteste les faits, mais la justification, qui nous replonge dans les heures les plus sombres de la lutte contre le VIH, ne tient pas la route une seule seconde d’un point de vue scientifique. 

La salive n’est pas un mode de propagation du virus
Comme toutes les associations de lutte contre le sida s’évertuent à le rappeler, et notamment AIDES dans un communiqué publié le 20 janvier : « La salive ne transmet pas le VIH. De plus, le VIH a une très faible résistance à l’air libre. Après 5 à 10 secondes à l’air libre, une goutte de sang ne contient plus de virus. » C’est comme si trente années de prévention et d’information s’envolaient en fumée, comme si l’on se retrouvait en 1994 lors du premier Sidaction où Clémentine Célarié embrassait Patrice Janiaud, séropositif, en direct à la télévision pour faire taire les peurs irrationnelles.Malheureusement, cette affaire ne fait que mettre à jour le désengagement des pouvoirs publics dans l’information et la prévention autour du VIH. Depuis que les traitements ont permis d’améliorer l’espérance de vie des personnes contaminées, depuis que le spectre d’une mort rapide ne plane plus systématiquement sur les personnes atteintes du VIH, les campagnes de prévention se sont peu à peu réduites, replongeant une partie de la population dans une ignorance proche de celle des années 1980-1990. Ainsi, les associations ne cessent de répéter qu’aujourd’hui, une personne porteuse du VIH sous trithérapie, dont la charge virale est indétectable, ne transmet pas le virus. C’est ce qu’on appelle le TasP pour Treatment as Prevention (traitement comme prévention). Néanmoins, malgré les avancées scientifiques, des mythes persistent et constituent le socle de la sérophobie dont sont victimes au quotidien les personnes séropositives. Et l’emballement médiatique autour des déclarations du syndicat de police Alliance contribue grandement à les véhiculer. 

Pour plus d’informations sur les modes de transmission du VIH et les moyens de prévention : www.aides.org

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