La collection Sorcières des éditions Cambourakis publie une nouvelle traduction de Whipping Girl, sous le titre Manifeste d’une femme trans, ouvrage de référence de l’autrice, artiste, biologiste et activiste transféministe étatsunienne Julia Serano.

Dans les chapitres que nous offre à lire cette édition, Julia Serano s’attaque au monopole discursif des personnes cis, et analyse à la loupe les discours qu’elles ont tenu sur les femmes trans dans le cinéma et les médias, dans le domaine psychiatrique, ou encore dans les sciences sociales. Tous ces champs ont en commun de n’avoir jamais permis aux personnes concernées de s’exprimer pour elles-mêmes, en position de sujet. Faisant de leurs vies des objets d’étude ou de curiosité, ils ont répandu un nombre considérable de méconceptions tenaces, que Julia Serano s’attache à déconstruire. 

Pour parler de son expérience, l’autrice choisit de parler de « transsexualité ». Ce terme, aujourd’hui rejeté par une grande partie de la communauté trans pour ses origines psychiatriques pathologisantes, est récupéré ici dans une dynamique de retournement du stigmate. En miroir de ce choix, l’autrice nomme « cissexualité » la coïncidence entre le sexe assigné à la naissance et le « sexe subconscient », à savoir « le genre auquel on a inconsciemment le sentiment d’appartenir »

Dénaturaliser les privilèges

L’un des aspects les plus remarquables du livre est sa capacité à articuler de nouveaux concepts pour penser le genre dans sa complexité et sa subtilité. Pour « démanteler le privilège cissexuel », l’autrice s’attarde sur les différents mécanismes de reconduction des hiérarchies de genre. 

S’interrogeant sur l’invisibilisation et la délégitimation des identités trans, elle dissèque les préjugés et les impensés qui permettent aux personnes cis de « naturaliser » leur propre genre, et d’« artificialiser » celui des personnes trans. Cet écart de considération fonde la base du « cissexisme », ensemble de croyances hiérarchisant les identités en faveur des personnes cis. 

Une artificialisation qui repose notamment sur le principe de « facsimilation », à savoir la présentation du genre des personnes trans comme une « contrefaçon », une tentative de copie du genre, présumé naturel, des personnes cis. Cette conception omet, par ignorance ou hypocrisie, de considérer l’importance de l’imitation dans la construction des identités de genre cis, et nous demande de croire qu’il existe quelque chose comme un genre naturel, réservé à ces personnes. 

Par l’analyse méticuleuse de ces argumentaires uniquement construits sur des préjugés et un sentiment de « surlégitimité », Julia Serano nous permet de nous défaire de fantasmes néfastes et désincarnés, et de repenser le genre et l’identité plus librement. 

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Manifeste d’une femme trans de Julia Serano, trad. Noémie Grunenwald (Éditions Cambourakis). En librairies.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Pax Ahimsa Gethen

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