Le soleil avait disparu depuis peu derrière les mamelons formés par les collines qui entouraient l’impassible étendue d’eau, derniers vestiges du cratère de ce volcan aujourd’hui éteint, lorsque Galaad arriva sur les bords du lac.

En journée, il était impossible d’embrasser d’un coup d’oeil la totalité de la surface aqueuse aux reflets d’étain tant ses dimensions étaient imposantes. “On dirait la mer” avaient coutume de dire les gens du village. À la nuit tombée toutefois, la bande lumineuse émanant des bourgades sises sur les rives, interrompue seulement par le surgissement obscur d’une des îles inhabitées du lac, permettait d’en dessiner plus facilement le contour. Sous la surface de l’eau, enfouie sous les couches de sédiments et de limon, il y avait une cité étrusque d’où remontaient parfois des fragments de vases peints qui venaient s’échouer sur les plages. Qui savait combien de statuettes de terracotta, combien de bas-reliefs aux rouges profonds, combien de fibules de bronze gisaient encore dans les profondeurs recouvertes d’algues puissantes dont on disait qu’il était impossible de s’extraire ? 

Galaad avait rejoint l’une des parties les plus sauvages du pourtour du lac, là où la végétation offrait une multitude d’abris aux regards extérieurs. Adolescent, il avait coutume de s’y réfugier, pour échapper aux moqueries des garçons de son âge, lui qui n’aimait pas jouer au foot avec les autres et qui éprouvait du dégoût pour son corps fluet et diaphane. Au milieu des joncs hauts et denses dardant vers le ciel, il avait connu ses premiers émois en solitaire. Il se souvenait parfaitement de la photo qu’il avait découpé dans le catalogue de vente par correspondance que sa mère rangeait dans un des tiroirs du buffet du salon, Marcus Schenkenberg et Werner Schreyer, leurs corps glabres et musclés, à la peau caramel et huileuse, posant pour une marque de sous-vêtements. Tapis dans cet écrin de verdure protecteur, il avait laissé libre cours à son désir, imaginant les étreintes, les baisers et les caresses, jusqu’à la décharge de son sexe gonflé dans son slip de bain. Il se souvenait de la honte aussi, inextricablement mêlée au plaisir, alors qu’il se rinçait furtivement dans l’eau du lac. 

Les tempes encore battantes à l’évocation de ce souvenir de jeunesse, il perçut un mouvement dans les fourrés et deux yeux luisants. Un chat ou un renard. Cela ferait l’affaire pour le repas du soir. 

accros lac

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