Dodo

Têtu : le Marie-Claire des gays ?

Le Têtu nouveau est arrivé. Un magazine séparé en deux cahiers : Actus d’un côté et magazine de l’autre. Gilles Wullus a pris la rédaction en chef de Têtu en juillet 2008. Il vient de Libération

Tout a changé, pourquoi ?
Parce que le public gay a évolué et se partage aujourd’hui entre deux tendances. Un premier groupe plus traditionnel reste attaché aux valeurs communautaires. Il est intéressé par la politique, les droits, l’homophobie, le VIH. Ce public-là est facilement agacé par la tendance cover boy, fashion du magazine. Mais il y a un autre groupe qui recherche clairement un magazine de divertissement, avec des choses agréables à lire et à feuilleter. Ces lecteurs sont davantage intéressés par les cover boys, la mode, les people et peuvent être agacés par le côté militant de Têtu. Comme on ne peut pas choisir entre ces deux publics, j’ai eu l’idée de dessiner clairement deux parties, deux magazines vendus en un seul.

C’est la société qui a évolué ?
Oui. La question de la visibilité n’est plus la même. Têtu reflète la position des gays dans la société française. Il est né en 1995, à une époque où les gays avaient une visibilité très faible. Désormais, n’importe quel film, téléfilm ou émission de télévision montre des homos en tant qu’homos. Têtu reflète forcément cette évolution.

Il n’y a plus besoin de presse militante, alors ?
Si, mais il faut selon moi que la militance soit cantonnée à des sujets strictement communautaires. Lutter contre l’homophobie est un combat qu’il faut poursuivre sans cesse, se battre pour la recherche contre le VIH également. Il convient aujourd’hui de se focaliser sur des combats militants qui font consensus dans la communauté homosexuelle. Bien sûr, on va relater les autres combats mais sans forcément se les approprier. Sur la question du mariage en France par exemple, c’est évidemment un enjeu en termes d’égalité des droits mais il y a beaucoup de gays qui n’y sont pas favorables, ni pour eux ni pour les autres.

À la fois magazine et militant, un peu comme Marie-Claire ? Têtu est le Marie-Claire des gays ?
(Rires) Je ne connais pas assez bien Marie-Claire, mais l’objectif pourrait être ça ; si dans vingt ans, Têtu est devenu le Marie-Claire des gays, je trouve que ce sera un succès.

Têtu garde toujours cette image élitiste et parisienne ?
Ouais… C’est une image, c’est vous qui le dites. Il ne faut pas se voiler la face : les magazines sont fabriqués à Paris et sont parisiens. Ils fascinent et ils plaisent parce qu’ils sont parisiens. C’est un leurre de croire que Têtu pourrait l’être moins. Mais quand on regarde les pages les unes après les autres, qu’est-ce qui est strictement parisien?

Les modes de vie par exemple…
Mais les modes de vie qui sont dans Têtu ne sont pas forcément les miens non plus. Pourtant j’habite Paris. Il y a beaucoup de gens à Paris qui ne sont pas du tout dans l’élite, surtout chez les gays. Ceci dit, un magazine est surtout là pour faire rêver, pas pour montrer de la mode de supermarché.

Vous avez changé le site Internet aussi…
Oui. Les magazines d’aujourd’hui doivent avancer sur les deux supports. Le site était en déshérence depuis des années. Il doit venir compléter l’offre du magazine. Par exemple, nous sommes en train de créer sur Internet un véritable magazine en ligne pour les lesbiennes. Depuis des années, Têtu ne parvenait pas à plaire autant aux filles qu’aux garçons. Et puis l’Internet propose aussi de l’actu au jour le jour, de l’agenda culturel, du clubbing. Pour l’instant, nous avons juste posé la première pierre, il va continuer à évoluer jusqu’à l’été.

Que pouvez-vous dire de la concurrence, à part que vous les aimez bien et que vous avez beaucoup de respect pour eux ?
Pas forcément (rires). J’ai beaucoup de mal à voir une véritable concurrence. Il y a Pref, bien entendu, sur un créneau assez voisin du nôtre, mais avec des moyens très limités. Je ne suis pas très inquiet dans la mesure où ils ne vendent pas beaucoup et que leur offre éditoriale ne me parait pas très solide. Sur Internet il y a beaucoup de choses qui existent mais on a un atout fondamental : une marque très connue et très établie dans la communauté gaie. Nous avons l’ambition de devenir le premier site sur le créneau gay et lesbien.

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