Dodo

Chercher le garçon

Quelques penseurs, trop peu nombreux, se sont exprimés sur la question de la virilité et de l’identité masculine.

«C’est tellement énorme qu’on ne le voit même pas : les hommes constituent, de par le monde, entre 90% et 100% des criminels, des pédophiles, des violeurs, des généraux, des chefs d’État et des grands leaders religieux». Dans une tribune aussi provocante que vivifiante qu’elle signait dans le Monde le 16 mai dernier, l’auteure américaine Nancy Huston interrogeait cet «instinct guerrier» masculin. Elle n’y va pas par quatre chemins : «Oui, il faut avoir un pénis et des testicules pour ainsi charcuter, violer, ouvrir le corps des autres à la machette, au poignard ou à l’épée, les déchiqueter à la mitraillette, les décapiter et jouer aux boules avec les têtes». Derrière cette charge dont on espère qu’elle est en partie rhétorique, elle pose la question de la part naturelle et de la part culturelle qui constitue l’identité masculine. Et regrette la sentence beauvoirienne – «on ne naît pas femme, on le devient» – qui éluderait la moitié du problème, à savoir que l’on ne naît pas homme non plus, on le devient également. Qu’est-ce qu’un homme ? Un corps qui sort d’un autre différent du sien ? Un guerrier ? Un géniteur ? Un oppresseur en puissance ? De façon compréhensible et parfois stratégique, les féministes ont souvent négligé le problème de la fabrication du mâle face à celui de la fabrication de la femme. Aujourd’hui, plusieurs auteurs parlent de la virilité ; certains sont proféministes, d’autres homosexuels, d’autres encore hétéros, sereins parfois, phallo-angoissés de temps en temps. Parmi ces derniers, il faut lire, pour rire et fulminer, Le Premier sexe d’Éric Zemmour, brûlot macho dont l’hypothèse centrale est que l’identité masculine serait compromise par un conglomérat féministo-homosexuel. Sans aucune enquête ni aucune référence théorique, Zemmour semble vouloir faire passer pour universel et politique le problème intime qu’il a manifestement avec sa virilité. À l’opposé, dans la catégorie savant et dépassionné, l’ouvrage de Daniel Welzer Lang, Les Hommes et le masculin, entreprend une généalogie de la pensée sur l’identité masculine et la virilité, depuis l’aube du féminisme jusqu’au développement des théories queer. Daniel Welzer-Lang a notamment travaillé sur la prostitution masculine et sur les Sœurs de la Perpétuelle indulgence ; deux groupes où l’on découvre une masculinité qui défie les règles de la virilité. C’est justement une ancienne Sœur, Sainte Rita, autrement nommé Jean-Yves Le Talec au civil, qui a signé un ouvrage passionnant l’an passé, intitulé Folles de France. Il y explore la subversion motrice dont ont fait preuve les folles parmi les mobilisations homosexuelles depuis les années 60. En plus de rendre publique une histoire souvent cachée, ce livre permet, pour le moins au sein de la communauté gay, de penser les nœuds que forment dès qu’elles se rencontrent les notions de masculinité, de virilité, de sexualité et d’ordre social.

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