Face à l’écran

En novembre, Saint-Étienne sera “the place to be” pour tous les amateurs de cinéma gay, grâce à la cinquième édition du festival Face à face, qui s’enrichit cette année des premières Assises nationales du cinéma gay et lesbien.

La décennie qui s’achève a vu se multiplier à vitesse grand V les festivals de cinéma gay et lesbien en France. Alors qu’il y a encore dix ans, ceux-ci étaient cantonnés à la région parisienne, de nouveaux festivals ont surgi en province comme des champignons après la pluie. On en compte désormais une douzaine en France et un treizième est annoncé pour septembre prochain à Lyon. Parmi ces nouveaux festivals, Face à face est l’un des plus connus et des mieux installés. Sa cinquième édition s’ouvrira jeudi 26 novembre par la projection de sept courts-métrages destinés aux lycéens de la région stéphanoise qui pourront ensuite dialoguer avec deux réalisateurs. Les jeunes constituent en effet un terreau privilégié dans la lutte contre les préjugés et l’homophobie. Non seulement parce que, comme on le sait, “les jeunes représentent l’avenir“ (La Palisse, bonjour !), mais surtout parce qu’à l’âge de l’éveil du désir les conséquences de la violence homophobe (symbolique, verbale ou physique) peuvent être plus désastreuses encore. Après cette mise en bouche destinée aux lycéens, la suite du festival devrait s’enchaîner à un rythme soutenu jusqu’au dimanche soir. Courts-métrages, longs-métrages et documentaires se succéderont pendant quatre jours, entrecoupés de diverses animations qui permettront aux festivaliers de s’aérer un peu en dehors des salles obscures. Vendredi soir, l’Opéra Théâtre de Saint-Étienne proposera une comédie «leste et céleste» de la compagnie Les Emplumés : L’Opération du Saint-Esprit, qui a été jouée au festival off d’Avignon en juillet 2008. Le samedi après-midi, Didier Roth-Bettoni animera un débat sur le thème “cinéma et homosexualité“, et dans la soirée, c’est le Zénith de Saint-Étienne qui sera investi après le concert de Calogero pour deux shows qu’on nous promet endiablés.

Premières Assises nationales du cinéma gay et lesbien

Mais la véritable innovation de cette édition 2009 sera sans nul doute les premières Assises nationales du cinéma gay et lesbien qui se tiendront dans les tout nouveaux locaux de la Cité du Design (voir aussi en page 8) et qui réuniront samedi 28 et dimanche 29 des responsables de tous les festivals français de cinéma gay et lesbien autour de trois ateliers intitulés “Organiser“, “Programmer“ et “Mutualiser“. Tous en sont en effet bien conscients : face à la multiplication des festivals, la création de nouvelles synergies s’imposent et les potentialités de collaboration sont immenses. Face à face a donc pris l’initiative d’inviter ses collègues dans un esprit d’ouverture et avec un principe simple : profusion de festivals ne veut pas dire concurrence ni redondance et le cinéma gay et lesbien est suffisamment riche pour que chacun garde ses spécificités sans que personne n’empiète sur les plates-bandes des autres. Trois festivals invités ont même obtenu carte blanche pour programmer chacun un film ou un documentaire qui leur tenait particulièrement à coeur. Le festival Des images aux mots, basé à Toulouse, proposera ainsi samedi 28 en fin d’après-midi un road-movie italo-marocain au titre espagnol (Corazones de Mujer), et dimanche après-midi le Groupe d’Action Gay et Lesbien du Loiret projettera Beautiful Boxer, juste avant que les Parisiens du festival Chéries Chéris nous fassent découvrir le documentaire italien Improvvisamente l’inverno scorso (Soudain l’hiver dernier).

Redynamiser la vie gay stéphanoise

Le succès public et critique de la dernière édition (1 600 spectateurs) le montre : Face à face est un événement attendu qui répond à une véritable demande. Car il faut bien l’avouer : jusqu’à il y a peu, la vie gay à Saint-Étienne était plutôt limitée. La ville souffrait notamment de sa trop grande proximité avec Lyon, qui attirait les homos de la région. Résultat : les homos et lesbiennes stéphanois préféraient souvent passer leurs week-ends à Lyon, voire à Paris, plutôt qu’à Saint-Étienne, les établissements gays de la ville restaient peu nombreux, et les associations quasi-inexistantes (hormis une antenne de l’association régionale Rando’s, qui organise des randonnées et diverses sorties sportives en plein air). L’association Face à face (fondée fin 2006 et actuellement présidée par Antoine Blanchard) et le festival qu’elle organise ont largement contribué, avec quelques autres, à faire changer les choses. Depuis 2007, la capitale de la Loire a également son festival pluridisciplinaire sur le thème de l’homosexualité, Autrement Gay, qui rassemble pièces de théâtre, concerts, lectures et spectacles de rue autour de question de genre et des thématiques LGBT. Ces deux festivals participent un peu, quoique dans un registre totalement différent, à la même volonté de dynamisme dont témoigne la nouvelle Cité du Design inaugurée le mois dernier. À travers la culture, la création et l’innovation, une page se tourne, et laisse entrevoir pour Saint-Étienne un avenir… résolument plus rose.

 

Rencontre avec Antoine Blanchard, président de l’association Face à face

Qui seront les invités de cette cinquième édition de Face à face ?
Il y aura d’abord, bien entendu, certains des réalisateurs des films projetés : Françoise Romand (Appelez-moi Madame), Louis Dupont (Les Garçons de la piscine), Roberto Castón (Ander), Céline Sciamma (Pauline), Simon Steuri (Vandalen), Pascal Alex Vincent (En colo) et Caroline Fournier (Une si petite distance). Mais seront également présents d’autres invités qui ne viennent pas défendre leurs films, mais plutôt intervenir dans le cadre des Assises : le réalisateur et distributeur de films Rémi Lange, le cinéaste, écrivain et critique de cinéma Paul Vecchiali, etc.

Avez-vous un coup de coeur en particulier à défendre ?
Je pense que le documentaire Appelez-moi Madame est un grand moment, vraiment très fort… On a beaucoup parlé cette année de la transidentité, qui était le thème de la Gay Pride, et nous pensions qu’il fallait marquer le coup. Pour ce qui est des courts-métrages, j’ai beaucoup aimé Vandalen, qui se déroule dans un milieu très homophobe (celui des graffeurs et des taggers) et assez peu représenté au cinéma.

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