Dodo

RDV avec… Ludovic

100406_12Rendezvousavec...RomainimÉditeur indépendant, Ludovic perpétue à sa manière la tradition des curiosa, ces petits ouvrages litigieux et subversifs qui font le bonheur des libertins.

De la sodomie, Roman d’un inverti-né, De la nymphomanie ou traité de la fureur utérine… Incontestablement, les titres du catalogue des éditions À rebours ont tout pour attirer l’œil du chaland. L’homme qui se cache derrière ces pépites s’appelle Ludovic et vit à Lyon, en bas des pentes de la Croix-Rousse. C’est de chez lui qu’il s’adonne à sa passion et à son métier : la redécouverte et l’édition de textes rares, anciens, souvent complètement oubliés et pour la plupart écrits par de glorieux inconnus (un médecin des Lumières, un théologien jésuite du temps de Louis XIV, un aristocrate homosexuel et honteux de la fin du XIXe siècle…). Malgré cette apparente diversité, tous ces textes ont en commun un même intérêt pour le corps : un corps amoureux, sensuel, soumis, malmené… et surtout source de plaisir, ce qui ne va jamais sans susciter les foudres des esprits chagrins. Par ses recherches inlassables et pointilleuses pour exhumer ces trésors licencieux de leurs archives poussiéreuses, Ludovic suit à sa façon les traces de son maître, Michel Foucault, dont il a découvert l’œuvre au cours de ses études de philosophie à Lyon 3. Comme lui, il cherche à donner la parole, à travers ces «écritures marginales», aux «infâmes», ces individus désignés comme tels par un pouvoir oppressif que rien n’effraye tant qu’une sexualité libre. Pour ce faire, il passe des journées entières à farfouiller dans le silo de la Part-Dieu, l’un des fonds d’archives les plus riches de France. Les années fastes, il arrive ainsi à publier, avec l’aide de la Région, trois ou quatre titres : son catalogue en compte aujourd’hui une vingtaine. Bien sûr, le milieu de l’édition est des plus précaires, mais Ludovic dit jouir d’un luxe inestimable : celui de disposer à sa guise de son temps et de pouvoir organiser celui-ci entre vie professionnelle et vie privée, comme il lui convient. Et puis, sa petite entreprise est parvenue en quelques années à s’installer dans le paysage éditorial français, grâce notamment à des articles parus dans la presse nationale (Le Monde, Libération…). Il faut dire que Ludovic l’avait placée dès le baptême sous les meilleures auspices : À rebours, le roman décadent de Huysmans qui lui a donné son nom, a en effet inspiré aussi bien Oscar Wilde que Serge Gainsbourg ou plus récemment Peter Doherty. Qui pouvait rêver d’un meilleur patronage ?

Éditions À rebours, 6 rue des Capucins-Lyon 1

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