Dodo

Homos vs. cathos : 0-0

100519_KISSIN18thmai201048Pride (LGP) de Lyon devant la primatiale Saint-Jean pour «revendiquer le droit d’aimer sans se cacher» a finalement bien eu lieu. La contre-manifestation des intégristes catholiques aussi.

Ce devait être une manière originale de célébrer la Journée mondiale contre l’homophobie (17 mai), qui avait justement pour thème cette année «Homophobie et religions» : un kiss-in, c’est-à-dire un rassemblement de couples gays et lesbiens s’embrassant en public pour faire évoluer les mentalités et affirmer la banalité d’un tel geste, qui ne devrait plus choquer grand-monde. Oui, mais voilà : le choix du lieu retenu pour l’événement n’avait rien d’anodin, puisqu’il s’agissait de la place Saint-Jean, au pied de la cathédrale devenue depuis le Moyen-Âge le symbole de la chrétienté à Lyon. Une décision qui a immédiatement révulsé la frange la plus intégriste des catholiques lyonnais, amplement mobilisée pour contrer l’événement grâce à des sites tels que e-Deo («portail de ré-information connecté au pays réel») ou Riposte catholique. Mais leurs demandes d’interdiction de l’événement, appuyées par des élus tels que Bruno Gollnish (député européen pour le Front National) ou Patrick Louis (secrétaire général du Mouvement pour la France) se sont finalement révélées vaines : la préfecture du Rhône a en effet autorisé le rassemblement après que la Lesbian & Gay Pride de Lyon, qui avait repris en main son organisation suite aux réactions des sites intégristes, ait accepté de le décaler de trois jours. Le 18 mai à 19h30, environ 300 gays, lesbiennes, hétéros, antifascistes, militants associatifs ou politiques ou simples sympathisants de la cause gay se sont donc retrouvés devant la cathédrale Saint-Jean, sur le parvis de laquelle les attendaient 150 à 200 militants catholiques intégristes, arborant chapelets, crucifix et drapeau du Vatican. La très forte présence policière a empêché les deux groupes de s’affronter, mais n’a pas délogé la manifestation catholique (pourtant non-déclarée à la préfecture), ainsi que le demandait David Souvestre pour la LGP. Au contraire, la police semble avoir eu à cœur de traiter sur un pied d’égalité les deux manifestations, nonobstant le fait que l’une d’elle n’avait reçu aucune autorisation officielle. Pendant deux heures, extrémistes catholiques et militants homosexuels se sont donc regardés en chien de faïence et réciproquement invectivés au cours d’un festival de slogans rivalisant d’inventivité : «cathophobie, ça suffit !», «habemus papam» (en latin : «nous avons un pape», formule rituelle pour célébrer l’élection d’un nouveau souverain pontife, NdlR), «LGBT, foutez-nous la paix !», «pas de défilé pour les enfilés !» et autres bras droits tendus bien haut d’un côté ; «cassez-vous !», «marre de cette société qui ne respecte pas les gouines, les trans et les pédés ! », «jouissez sans entraves !», «Saint Jean était queer !» de l’autre. Vers 21h30, enfin, les CRS ont reçu l’ordre de disperser les deux camps, sans sommation et à coups de gaz lacrymogènes mais sans rencontrer pour autant une très vive résistance de la part des militants LGBT. Du côté des intégristes, Le Progrès rapportait dans son édition du 19 mai que deux personnes avaient été interpellées par les forces de l’ordre pour «rébellion». Au final, cet événement qui se voulait au départ «un happening sympathique et amical» gardera donc «le goût amer du gaz lacrymogène», selon les mots d’un communiqué publié le soir même par la LGP.

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