Dodo

Et ta Soeur ?

100614_6SursdelaPerptuelleIndulgenceim1Né à San Francisco en avril 1979, l’Ordre de la Perpétuelle Indulgence compte désormais dans ses rangs deux nouvelles recrues lyonnaises : les novices Marie-Éva Naissance et Anna-Maria.

Vous les avez sûrement déjà croisées lors d’une Gay Pride, dans un lieu de drague, sur une plage, à l’entrée d’un club ou d’un sauna : il faut dire qu’avec leur épais maquillage blanc, leurs voiles et leurs cornettes, les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence passent rarement inaperçues. Ces militant(e)s de la lutte contre le sida d’un genre très spécial ont en effet emprunté au cérémonial catholique l’habit, mais pas seulement : à leur manière, certes un peu provocante, elles contribuent surtout à propager la bonne parole chrétienne par excellence, celle de l’Amour universel. Auprès de ces nonnes pleines d’une infinie compassion pour les pécheurs que nous sommes tous, chacun peut trouver conseil et réconfort sans jamais rencontrer le moindre jugement moral. «Nous sommes là pour conseiller et interpeller, pas pour condamner. Nous pensons qu’il ne doit pas exister un seul discours de prévention, mais plusieurs. Il arrive parfois que nous rencontrions des gays résolument hostiles au préservatif : dans ces cas-là, nous leur demandons pourquoi, nous tentons d’engager une discussion avec eux en leur rappelant que la réduction des risques ne remplace pas la capote, mais en essayant de ne pas les braquer contre nous».

De l’importance du costume

À Lyon, les Sœurs sont regroupées au sein du Couvent des Chênaies, l’un des quatre existants en France, qui compte à ce jour treize membres : des Sœurs, bien sûr, mais aussi un Ange (le délicieusement nommé Angel Aqueux), des Gardes-Cuisses (pendants masculins et hyper-virilisés des nonnes, généralement tout de cuir vêtus) et depuis peu deux novices : Marie-Éva Naissance (du Jésus de la Rosette, de son nom complet) et Anna-Maria (du Boa Joli de la Forêt Fourrée, bénisseuse des Caves à Foutre). Toutes deux sont rentrées dans les ordres après un long processus de maturation et de réflexion. Car qui veut rejoindre les rangs de ces «pauvresses», comme elles se désignent elles-mêmes, doit impérativement leur adresser une lettre de postulance : si les motivations qui y sont exposées semblent pertinentes aux yeux des Sœurs et adaptées à leurs actions, elles autoriseront l’aspirante nonne à les accompagner sur le terrain, d’abord en tant que postulante (habillée en civil), puis en tant que novice et enfin en tant que Sœur à part entière. «La transition d’un statut à l’autre se fait toujours en douceur, de façon très naturelle. Arrive un moment où la postulante (ou la novice) sent qu’elle est prête, et nous aussi», explique la marraine des novices Marie-Éva Naissance et Anna-Maria, Sœur Marya-Ulrika Pote de la Glotte Sacrée, dite la Fée Founette Lubrifiée, gardienne des Folles et des Pattes Folles, Adoratrice du Jésus («le gros saucisson, pas l’autre», se croit-elle obligée de préciser). Première exigence du sacerdoce : porter le costume, «ce qui, mine de rien, n’est pas facile pour tout le monde. Les Sœurs ne jouent pas un rôle, elles habitent un personnage». Le déguisement, c’est bien là toute la différence avec les autres associations de lutte contre le sida, et son rôle va bien au-delà de la simple «dérision antichrétienne» dénoncée l’an dernier par l’extrême-droite catholique. Les personnes que les Sœurs reçoivent, accueillent, conseillent, ou tout simplement écoutent, se confient en effet beaucoup plus facilement à ces personnages exubérants, excessifs et grotesques. Le costume et ses artifices, par leur aspect comique et factice, établissent d’emblée un décalage, une distanciation parfois nécessaire pour aborder des réalités trop dures pour être affrontées de face : la maladie, la peur de la mort, l’exclusion… La charge émotionnelle face à de telles situations n’est évidemment pas toujours simple à gérer, mais Anna-Maria et Marie-Éva Naissance savent que c’est ce qu’on attend d’une Sœur de la Perpétuelle Indulgence : d’extraordinaires capacités d’écoute, de générosité et de partage. Des vertus que n’auraient peut-être pas reniées Jésus-Christ ?

Retrouvez les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence le samedi 12 juin lors de la Marche des Fiertés lyonnaise
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