Dodo

«Pas enfermé dans la communauté»

À l’heure d’Internet et des sites de rencontres, la communauté fait-elle encore sens pour la jeune génération lesbienne, gay, bi et trans ? Les avis que nous avons recueillis dessinent les contours de ce qu’elle pourrait être dans les années à venir : une vision fondée sur une approche finalement assez pragmatique, entre valorisation de ses atouts et conscience de ses limites.

Krixx, organisatrice de soirées
«Pour moi, la communauté a d’abord évoqué quelque chose de très positif, qui allait dans le sens d’une plus grande liberté. Aujourd’hui, je m’en détache un peu, parce que je la trouve trop stéréotypée et j’ai horreur des étiquettes, d’être mise dans une boîte. Ce milieu-là, je le respecte parce que c’est le mien, j’y adhère, mais je ne vais pas forcément le côtoyer très assidûment. À petite dose, ça va, mais tout le temps, je ne pourrais pas ! J’aime évoluer dans des milieux totalement différents, aussi bien musicalement que socialement… Mais la communauté LGBT est surtout visible dans le monde de la nuit ou le monde associatif. Au travail, j’ai l’impression qu’elle ne se voit pas. Il faudrait sans doute la développer là aussi, mais personnellement j’estime que c’est encore risqué de s’afficher au travail : c’est même ce qui me fait le plus peur, puisqu’au boulot je vis cachée ! Je crois que les homos qui se montrent réticents vis-à- vis de la communauté LGBT ont avant tout peur des étiquettes et de l’exclusion, car pour moi la société reste hétéro-normée».

Adam, comédien
«La communauté LGBT ? J’avoue qu’il y a encore quelques mois, je n’aurais pas pu définir ce sigle sans réfléchir quelques secondes sur le sens de ces lettres. Pour être honnête, je ne m’y suis jamais vraiment intéressé. Déjà, je n’aime pas le mot “gay”, j’ai toujours l’impression que personne n’arrive à dire HOMOSEXUEL… En tant qu’H-O-M-OS-E-X-U-E-L, je ne peux pas dire que je ne fais pas partie de la communauté, mais vous ne me verrez jamais prendre part à une Gay Pride, parce qu’à mes yeux, celles-ci réduisent les gays à des stéréotypes. J’ai quand même fréquenté la communauté pendant un an, lorsque j’étais seul à Paris. J’étais perdu dans cette immense capitale et j’ai voulu “tester” les lieux gays. Je ne m’y sentais pas à ma place du tout, mal à l’aise d’en être réduit à m’enfermer dans ces lieux réservés exclusivement aux hommes. Mes amis sont tous hétéros, je suis très bien avec eux et je ne vois pas l’intérêt de sortir dans ce milieu. Je lui ai préféré un temps la facilité d’Internet… jusqu’à ce que je rencontre mon copain. J’ai le sentiment que la communauté peut être un piège pour ceux qui n’y voient que faiblesse et facilité. Ou même un ghetto pour les jeunes qui préfèrent s’enfermer plutôt que s’assumer, ce qui m’apparaît comme une nécessité et pourquoi pas, par moments, une force : celle d’être différent, unique ! La différence est une force, non ? Pour conclure, je dirais que c’est sûrement bien pour certaines personnes d’être dans un milieu qui les comprend. Mais globalement, je n’aime pas le communautarisme. Je n’aime pas savoir que les personnes qui se ressemblent s’assemblent. Ils se referment sur eux-mêmes, s’habillent de la même façon… Finalement, l’originalité perd de son sens. Et «weird is relative !» comme le dirait la famille Addams».

David, informaticien
«La communauté permet avant tout à certaines personnes qui pourraient se sentir isolées de se retrouver entre elles. Son sens premier, c’est l’entraide ! Mais elle est aussi un moyen de se battre pour l’égalité. Je me considère comme en faisant partie, notamment par le biais de l’association de jeunes LGBT Moove !, à laquelle je participe au moins une fois par semaine. Chacun va donner à la communauté le sens qui lui convient : certains y recherchent uniquement la compagnie d’autres homos, d’autres sont moins exclusifs. En tout cas, personnellement, je ne m’y sens pas enfermé. Mais je trouve que le sentiment de solidarité à l’intérieur de la communauté est peu affirmé, en dehors des grands combats pour l’égalité des droits. Il me semble par exemple qu’il n’y a pas beaucoup de partage entre ses différentes composantes (notamment entre les gays et les lesbiennes) et que les gays sont plus souvent mis en avant que les lesbiennes, les bis ou les trans. À mon sens, ce serait bien de développer cette solidarité pour qu’il y ait plus de croisements à l’intérieur de la communauté. En revanche, le fait de ne pas s’en sentir membre peut aussi être vu comme un signe d’ouverture d’esprit de la part d’homos qui refusent de se fermer aux hétéros. À partir du moment où l’on s’assume, je comprends que l’on puisse trouver restrictif de ne fréquenter que le milieu homo».

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