Dodo

Reine du caf’-conç’

101226_9cabaretimcopyrightChantalDpagnePalazonQui se souvient de nos jours d’Yvette Guilbert (1865-1944) ? Au tournant des XIXe et XXe siècles, cette chanteuse à la voix gouailleuse (plusieurs enregistrements d’époque en attestent) fut pourtant la reine incontestée du café-concert, un genre populaire aujourd’hui disparu, proche du cabaret. La comédienne et chanteuse Nathalie Joly redonne vie à son style parlé-chanté en interprétant un florilège de ses chansons aux paroles souvent ironiques et mordantes, auxquelles se mêlent des extraits de sa correspondance avec… Sigmund Freud. Le père de la psychanalyse la rencontre en effet pour la première fois à Paris, à l’Eldorado, en 1889 et gardera ensuite toute sa vie, accrochée dans son bureau, une photographie dédicacée de la chanteuse. Les lettres qu’ils échangent et qui sont lues sur scène témoignent de l’estime que lui portait celui qui pourtant disait détester la musique. Le titre du spectacle, Je ne sais quoi, reprend un vers de la chanson Madame Arthur (dont un petit «je ne sais quoi» fait d’elle une des femmes les plus prisées de la capitale), mais peut aussi se comprendre comme un clin d’œil aux recherches de Freud sur l’informulé, le non-dit et l’inconscient. Le célèbre Viennois avait, dit-on, une prédilection toute particulière pour la chanson Dîtes-moi que je suis belle, que son cerveau de psy analysait comme un formidable aveu d’amour narcissique, mais bien d’autres airs de “Madame Yvette“ valent la peine d’être réentendus. C’est le cas par exemple de la chanson La Glu, véritable crève-cœur dans lequel il est question, justement, d’un cœur arraché à sa propriétaire pour être offert à une belle dédaigneuse, ou encore de La Soularde qui, «à Clichy pour cent francs par an […] couche par terre dans une mansarde». Que l’on se rassure pourtant, certaines rengaines sont bien plus joyeuses : Quand on vous aime comme ça ou Très bien introduisent dans ce récital un peu de grivoiserie et de légèreté bienvenues et donnent ainsi un aperçu équilibré de l’œuvre d’une grande dame qui mérite d’être redécouverte.

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