Dodo

Le Secret d’Antonio De Joselito Altajeros

Il ne faut jamais se fier aux apparences : Le Secret d’Antonio vaut bien mieux que son titre tartignolle façon roman à l’eau de rose. Ce film philippin de 2008, jamais sorti dans les salles françaises, dépeint avec tact et subtilité le cheminement initiatique d’un adolescent confronté à son attirance pour les hommes en évitant les travers du mélodrame tire-larmes. Antonio, quinze ans, vit avec sa mère à Marikina, dans la banlieue de la capitale philippine. Son père, Cito, est parti travailler à Dubaï d’où il leur envoie régulièrement un peu d’argent. Lorsque le frère de Cito, Jombert, s’installe dans la maison familiale, il ne tarde pas à nouer une relation incestueuse avec son neveu. Filmé caméra à l’épaule dans une esthétique qui peut dérouter (les scènes sont généralement baignées d’une luminosité jaune ou verte à laquelle le spectateur occidental n’est pas habitué), Le Secret d’Antonio donne à voir en filigrane une société philippine plutôt tolérante vis-à-vis de l’homosexualité (la mère du jeune homme discute librement avec un couple d’hommes et déclare même qu’elle ne s’offusquerait pas si son fils s’avérait être gay lui aussi) mais où les difficultés du coming-out sont les mêmes que partout ailleurs : peur de franchir le pas, éloignement et gêne de certains amis, incrédulité amusée des autres. Le Secret d’Antonio marque aussi pour ses quelques scènes de sexe : filmées avec crudité, sans fard mais sans érotisation non plus, elles n’ont pas pour fonction de rincer l’œil du spectateur mais plutôt de montrer la réalité. Une approche à la fois culottée et déculottée qui tranche par son audace avec la frilosité, souvent irritante, de certaines productions européennes dont la sagesse confine à l’hypocrisie.

Le Secret d’Antonio de Joselito Altajeros (Épicentre Films)

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