À toute vitesse

On a déjà parlé ici même de l’enfant du pays Gaël Morel dont la filmographie est généralement moins connue que celle de son comparse Christophe Honoré. Une situation plutôt injuste car le travail de Morel n’a pas à rougir de la comparaison avec celui d’Honoré, bien au contraire. Témoin, ce premier long-métrage datant de 1996. À vingt-quatre ans à peine, Morel convoque ici ses anciens camarades de plateau Stéphane Rideau et Élodie Bouchez. Avec Pascal Cervo et Méziane Bardani, ils forment un quatuor amoureux de gamins tout juste sortis de l’adolescence et déjà pressés de vivre et d’aimer de façon absolue. Là où Honoré filme sous toutes les coutures la petite bourgeoisie urbaine et branchée (au risque de se voir taxer de parisianisme), Morel, fils de prolos, s’intéresse plutôt aux déclassés, aux enfants d’ouvriers et aux sauvageons de banlieue, en évitant aussi bien le misérabilisme (le déterminisme social, bien présent dans le film, n’est pourtant jamais une fatalité) que la compassion empreinte de mauvaise conscience postcoloniale. Dans À toute vitesse, les Arabes sont des personnages à part entière, au même titre que les Français dits “de souche“, et certainement pas des objets de désir exotiques pour petit blanc blasé. Pour preuve, cette scène exemplaire durant laquelle Quentin, plein de bonnes intentions, demande à son pote Jamel d’exhiber ses cicatrices en public pour illustrer la violence des nazillons du coin. Le regard mi-gêné, mi-consterné du frère de Jamel dans l’assistance à ce moment-là vaut alors bien des discours sur les promesses non tenues de l’intégration.

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