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philippe vallois crédit Michel Benetton

Vallois, le méconnu essentiel du cinéma gay français

Grâce soit rendue au festival Écrans Mixtes qui permet de redécouvrir le cinéma rare et passionnant d’un des pionniers du cinéma gay français : Philippe Vallois.

Il faut se replonger dans les bouillonnantes années 1970 pour mesurer l’importance singulière de Philippe Vallois dans le cinéma français, à tout le moins sur sa face gay. Car alors que l’Allemagne, l’Angleterre ou les États-Unis assistent à l’émergence d’un puissant cinéma homosexuel que l’on peut qualifier de militant ou d’identitaire, rien de tel en France. Bien sûr, des cinéastes gay s’emparent de leur caméra pour tourner courts-métrages et documentaires faisant la part belle (et souvent joyeuse) à l’homosexualité sous toutes ses formes. Mais infiniment plus rares sont ceux qui franchissent le pas du long-métrage, et donc de l’accès à un (relatif) grand public.

Pour tout dire, le “cinéma militant gay français“ de cette période, où la lutte pour la reconnaissance prend corps, se réduit peu ou prou à deux noms : Lionel Soukaz d’un côté, auteur (en 1978) d’un Race d’ép retraçant l’histoire des homosexuels et Philippe Vallois de l’autre. Pas besoin d’en dire beaucoup plus pour comprendre que l’apport de Vallois aux images de l’homosexualité est essentiel. Pour autant, il ne faudrait pas se méprendre : ce cinéma engagé est aussi et d’abord du cinéma, avec une véritable richesse de mise en scène, de scénario, d’écriture. Il est donc salutaire de s’y replonger pour tout un tas de bonnes raisons : historiques, politiques et cinématographiques.

Johan, entre documentaire et fiction

Mais se replonger dans quoi ? Dans un cinéma rare, touchant (drôle parfois) et à l’originalité certaine. Des Phalènes en 1974 à Haltéroflic en 1983 (les quatre films de Vallois sortis en salles), mais aussi dans ses films suivants tournés et sortis directement en vidéo (Le Caméscope, Un parfum nommé Saïd, Sexus Dei, etc.), Vallois raconte avec intelligence, sensibilité et brio des histoires qui nous concernent. Deux de ses films sont ainsi des œuvres majeures qu’il faut se précipiter de retourner voir si on en a la possibilité : Johan, mon été 75 (1975) et Nous étions un seul homme (1979).

Film d’amour et portrait en creux d’un garçon emprisonné lors du tournage dont il devait être la vedette, Johan est un mélange de documentaire sur le milieu gay (le ballet de la drague aux Tuileries, les quais de Stalingrad, les poppers, les saunas, les filles à pédés…) et de fiction-réalité où Philippe Vallois lui-même (ou ses doubles) recherche(nt) qui pourra interpréter Johan. Fait de bric et de broc, évidemment daté, Johan n’en est pas moins un film chaleureux et généreux, à la fois film d’époque et de reconnaissance identitaire mais aussi vrai travail de cinéaste. Quelque chose s’y passe qui donne à ressentir un esprit collectif, un mélange de solidarité, d’amitié, de désir, de sexe sans frontières, comme une forme de société gay reconstituée et utopique.

Un amour sous l’Occupation

philippe vallois nous étions un seul homme

Film de peu d’équivalents, Johan est suivi par Nous étions un seul homme, histoire d’amour, en pleine Occupation, entre Guy, un jeune Français solitaire et Rolf, un soldat allemand qu’il recueille et soigne dans sa ferme. Fable pudique et sensuelle de la découverte de ces deux hommes que tout devrait séparer (la nationalité, la culture, la classe sociale…), Nous étions un seul homme est d’une infinie sensibilité dans la peinture de leurs rapports, construisant un apprivoisement progressif où la sexualité trouve finalement sa place de façon évidente. Exceptionnel à plus d’un titre au sein de la production française, ce drame réussit le tour de force de ne jamais rien expliquer ni justifier de ce qui meut ses personnages.

Frémissant, poétique, tendre, lumineux et terrible, Nous étions un seul homme est aussi, au-delà de maladresses dues à des moyens dérisoires, incroyablement attachant. À l’image du travail tout entier de son auteur, dont même les œuvres suivantes, mineures, conservent une liberté et une richesse qui forcent l’admiration.

Plusieurs films disponibles gratuitement sur la page Vimeo de Philippe Vallois

Portrait Philippe Vallois © Michel Benetton

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