La danse en mémoire

La MC2 de Grenoble accueille la reprise de Daphnis é Chloé, spectacle créé en 1982 par Jean-Claude Gallotta. À cette occasion, le chorégraphe grenoblois a mis sur pied le solo Faut qu’je danse, passerelle entre les années 1980 et 2010.

Jean-Claude Gallotta, figure française de la danse de ces trente dernières années, a visiblement à cœur de faire vivre les œuvres du répertoire et notamment celles du Centre Chorégraphique National de Grenoble qu’il dirige depuis le milieu des années 1980. C’est sans doute l’une des raisons qui a poussé le chorégraphe à fournir plus d’une vingtaine de captations de ses spectacles afin d’alimenter la vidéothèque internationale de danse en ligne numeridanse.tv, projet piloté par la Maison de la Danse de Lyon. Néanmoins, la volonté de transmettre le patrimoine chorégraphique ne date pas d’hier chez Gallotta. En 1997, déjà, il reprenait, sous le titre Cher Ulysse, l’une de ses pièces phares des années 1980, Ulysse. Aujourd’hui, c’est sur Daphnis é Chloé que se repenche le Grenoblois. Initialement créé en 1982 au Festival d’Avignon, le spectacle s’inspire d’un roman grec du IIe ou IIIe siècle après J.-C. narrant les amours contrariées d’un chevrier et d’une bergère, finalement réunis grâce à l’intervention du dieu Pan. Partant de cette trame, Gallotta, grâce à une chorégraphie délicate et raffinée où les mouvements de poignets trahissent tout autant la complicité des personnages que leurs chassés-croisés, fait de Daphnis é Chloé une réflexion sur le désir, le dieu Pan devenant à la fois le catalyseur et le révélateur des pulsions des deux amants. Au-delà de cet héritage bucolique, la divinité grecque est également un avatar du chorégraphe, qui permet aux danseurs de libérer leur talent, à force de travail et d’exigence.

Transmission et héritage

Alors qu’il interprétait le dieu Pan dans la version de 1982, Jean-Claude Gallotta fait appel à trois nouveaux danseurs pour cette reprise. De plus, le chorégraphe a imaginé un prologue à Daphnis é Chloé, intitulé Faut qu’je danse, qu’il interprète lui-même, décision plutôt surprenante : son dernier solo à Grenoble remonte en effet à 1983. Cette courte pièce de trente minutes seulement est alors la matérialisation sur scène du souci de transmission qui anime le travail de Gallotta. Avant d’offrir aux spectateurs la nouvelle mouture d’une de ses pièces emblématiques, le chorégraphe convoque sur scène divers souvenirs autour de la création de Daphnis é Chloé : une manière de souligner que la danse, art éphémère en apparence, peut aussi devenir le lieu de mémoire des mouvements et des corps.

 Approfondir

Jean-Claude Gallotta
_1950_ naissance à Grenoble.
_1978_ découvre le travail de Merce Cunningham lors d’un séjour à New York et fonde le Groupe Émile Dubois avec Mathilde Altaraz.
_1981_ intègre avec le Groupe Émile Dubois la Maison de la Culture de Grenoble.
_1984_ le Groupe Émile Dubois devient le Centre Chorégraphique National de Grenoble, dont il est jusqu’à aujourd’hui le directeur.
_1989_ réalise son premier long-métrage, Rei Dom – La Légende des Kreuls.
_1997-2000_ conduit le département de la danse de l’ensemble culturel Shizuoka Performing Arts Center au Japon.
_2009_ crée L’Homme à tête de chou d’après Serge Gainsbourg.

www.mc2grenoble.fr

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