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Les fidèles LGBT tentent de concilier homosexualité et religion

Comment les croyants homosexuels parviennent-ils à concilier leur religion et leur orientation sexuelle ? Comment sont-ils accueillis au sein de leurs communautés respectives ?

Le 17 mai, la septième Journée mondiale de lutte contre l’homophobie (également connue sous son appellation anglaise d’International Day Against Homophobia, ou IDAHO) aura pour thème, comme en 2010, “homophobie et religions”. Deux années de suite consacrées au même combat (demander aux responsables religieux, non pas de se prononcer sur l’homosexualité et la transidentité, mais contre l’homophobie et la transphobie) ne seront sans doute pas de trop tant le chantier semble vaste. Pourtant, dans chaque religion, des fidèles s’organisent pour faire reculer les préjugés au sein de leur communauté.

C’est ainsi que les juifs gays et lesbiens peuvent se retrouver dans l’association Beit Haverim («la maison des amis» en hébreu), fondée en 1977 et implantée à Paris. La naissance d’une association similaire chez les musulmans est beaucoup plus récente, puisqu’il a fallu attendre janvier 2010 pour qu’un «collectif citoyen des homomusulmans de France» (HM2F) voit le jour. Mais en dehors de la capitale, les structures accueillant les croyants gays et lesbiens restent rares.

Parmi les associations présentes dans toute la France, David et Jonathan est sans doute la plus connue. Responsable l’an dernier de la parution d’un très instructif Livre noir-gris-blanc de l’homophobie religieuse, elle aujourd’hui implantée dans plus d’une quinzaine de villes. Ses origines remontent au début des années 70 et si ses racines restent avant tout chrétiennes (aussi bien catholiques que protestantes ou orthodoxes), elle ne rechigne pas le cas échéant à se faire œcuménique et à accueillir des croyants d’autres religions.

Briser la loi du silence

Le cas de la religion catholique reste particulier, non seulement parce qu’en tant que religion majoritaire en France, elle est celle qui a le plus influencé notre société et nos représentations collectives, mais aussi parce qu’elle est fortement hiérarchisée et donc plus soumise à la tentation de se ranger du côté de la parole “officielle”, celle du Vatican, qui considère l’homosexualité comme «quelque chose qui s’oppose à l’essence même de ce que Dieu a voulu à l’origine» (Benoît XVI, Lumière du monde, 2010). À l’inverse, les communautés protestantes, juives et musulmanes sont beaucoup plus éclatées.

À Lyon, par exemple, les fidèles juifs ont le choix entre plusieurs obédiences (orthodoxes, traditionalistes, libéraux…), la plus friendly de toutes étant sans doute l’Union juive libérale, qui compte parmi ses membres le futur rabbin René Pfertzel. Lui qui achève actuellement ses études rabbiniques à Londres s’est penché sur «l’homosexualité dans les différents courants du judaïsme» et affirme que «les communautés libérales acceptent sans difficulté les personnes homosexuelles comme membres à part entière».

Reste que, dans la majorité des cas, quelque soit la religion considérée, la loi du silence s’impose : les croyants homosexuels sont priés de rester dans le placard, tandis qu’au nom de la “défense des valeurs familiales” les communautés chrétiennes, juives ou musulmanes s’accordent pour dénoncer les projets politiques visant à accorder une pleine égalité aux couples homosexuels et hétérosexuels.

Ces dernières années, le cinéma s’est emparé de ces problématiques, en imaginant l’éclosion d’amours interdites chez les Juifs ultra-orthodoxes de Jérusalem (Tu n’aimeras point, d’Haim Tabakman) ou chez un adolescent musulman (Shahada, de Burhan Qurbani). Preuve que, dans les imaginaires, les mentalités évoluent. Mais dans la réalité, le chemin à parcourir sera encore vraisemblablement très long pour les croyants homosexuels.

 

À lire :

John Boswell, Christianisme, tolérance sociale et homosexualité, éditions Gallimard, 1985
David et Jonathan, Les homosexuels ont-ils une âme ?, éditions L’Harmattan, 2008
Pierre Hurteau, Homosexualités masculines et religions du monde, éditions L’Harmattan, 2010

 

Illustration © Vergine Keaton

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