Édito d’octobre

111003_CouvertureDans le monde de l’après-11 Septembre, l’idéologie du «choc des civilisations» se combine à celle d’un «choc des sexualités». Nous aurions d’un côté le monde occidental, tolérant et libéral, et de l’autre le monde musulman, sexiste et homophobe.
(Clémence Garrot et Oury Goldman, Homonationalisme et impérialisme sexuel, in La Revue des livres n°1, septembre-octobre 2011)

S’il y a une chose que l’on adore, dans le petit milieu des intellectuels et activistes queer, c’est bien l’emploi de néologismes, de préférence anglais bien entendu (so radical chic), tels que empowerment, cultural turn, post-pornography… Une fois n’est pas coutume, le gagnant du concours du dernier terme à la mode n’est pas anglo-saxon : il s’agit du mot «homonationalisme», apparu pour désigner la montée en puissance d’un «nationalisme gay» qui articulerait la défense des droits des homosexuels autour d’une vision du monde néoconservatrice, celle du fameux «choc des civilisations», avec l’islam en ligne de mire. Aux Pays-Bas, le leader d’extrême-droite Geert Wilders (à l’instar de son défunt homologue Pim Fortuyn, lui-même homosexuel) n’hésite pas ainsi à se faire le héraut de la cause gay et lesbienne pour mieux fustiger l’immigration musulmane, coupable selon lui d’homophobie et de sexisme. Une stratégique électorale qui semble s’avérer payante puisque certains sondages placent son parti, le PVV, en tête des intentions de vote des électeurs homosexuels… Mais qu’en est-il pour le moment dans notre pays ? L’«homonationalisme» représente-t-il un péril imminent pesant sur le mouvement LGBT français ? En décembre dernier, lors d’un discours prononcé à Lyon, la présidente du Front National Marine Le Pen a bien subrepticement évoqué le sort des homos de banlieue pour mieux alimenter sa rhétorique antimusulmane ; mais sur le fond, que l’on se rassure (!), le parti d’extrême-droite et sa nouvelle dirigeante restent toujours fermement opposés au Pacs, au mariage et à l’adoption par les couples homosexuels, comme à toute mesure visant à combattre l’homophobie. Quant à la récente affiche de la Marche des Fiertés parisienne (représentant un coq au plumage d’une blancheur immaculée), on peut certes la trouver maladroite ; on aura en revanche beaucoup de mal à convaincre quiconque que ses concepteurs, rassemblés au sein de l’Inter-LGBT et dans l’ensemble plutôt proches des idées du Parti Socialiste, soient animés d’intentions «pétainistes», pour reprendre l’un des qualificatifs utilisés durant cette lamentable polémique… Mais ce qui est beaucoup plus grave, c’est que, dans son acceptation actuelle, le terme d’homonationalisme tend à entacher d’infamie raciste toute critique, aussi raisonnée soit-elle, du machisme et de l’homophobie exercés au nom de l’islam. Quitte à prendre fait et cause pour le port du voile ou foulard islamique, comme l’a fait une bonne partie du mouvement queer au moment des débats sur le port des signes religieux ostentatoires à l’école publique. Quitte à fourrer dans le même sac xénophobe ceux qui pensent que les musulmans posent intrinsèquement problème (comme le dirait notre ministre de l’Intérieur) et ceux qui pensent que c’est l’intégrisme, de quelque religion qu’il provienne, qui doit être combattu et non les croyants en eux-mêmes. Peut-être le concept nouveau d’«homonationalisme» nous aidera-t-il un jour à mieux appréhender l’inquiétante montée du racisme antimusulman dans toute l’Europe. Mais pour cela, il devra impérativement se débarrasser de l’ambiguïté qu’il véhicule actuellement et qui ne fait qu’ajouter à la confusion extrême de l’époque.

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