Dodo

On est toujours le pédé de quelqu’un

L’association de lutte contre le sida AIDES fait campagne pour «promouvoir l’acceptation des différences au sein même de la communauté LGBT». Vaste programme ?

«JH ch. mec clean», «No follasse !», «Plus de 35 ans : out !» : quel homo n’a jamais croisé, au hasard de ses pérégrinations virtuelles sur des sites de rencontres, pareils messages ? Les termes employés sont souvent blessants, cruels et vont bien au-delà des simples critères de recherche que tout un chacun est légitimement en droit d’émettre sur un tel site. Ils rappellent douloureusement que la discrimination à l’encontre des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles ou transgenres (LGBT) n’est pas seulement le fait d’hétérosexuels : elle peut aussi provenir d’autres personnes LGBT. L’âge, l’apparence physique, le poids, la taille, l’origine ethnique, la religion, le caractère «trop efféminé» ou «trop masculin», le statut sérologique… Les critères sur lesquels se fonde la discrimination à l’intérieur du milieu gay et lesbien sont innombrables. Bernard, militant dans une association LGBT rhônalpine, en a fait l’amère expérience : «parce que je suis un peu fort et parce que j’ai 52 ans, des bénévoles m’ont dit : «on ne veut pas de toi, tu es trop gros et trop vieux !»». Une réaction plutôt surprenante dans la bouche de militants censés être sensibilisés à la lutte contre les discriminations… Bernard a depuis rejoint le conseil d’administration de son association «pour que ça bouge».

Une communauté virtuelle ?

Parmi les catégories les plus fréquemment victimes de rejet, les gays séropositifs figurent en bonne place. D’après une étude menée par AIDES en 2005, plus de la moitié (54%) d’entre eux déclarent avoir déjà subi des discriminations ; dans 43% des cas, celles-ci émanaient d’autres gays… Sur cette question comme sur beaucoup d’autres, le Québec paraît très en pointe : à l’été 2009, la Coalition des Organismes Communautaires Québécois de lutte contre le Sida (COCQ-Sida) lançait une campagne et un site Internet (www.stopserophobie.org) de sensibilisation à la «sérophobie». Le 11 août dernier, c’est encore dans la Belle Province que la Fondation Émergence, l’une des plus importantes organisations de lutte contre l’homophobie au Canada francophone, initiait un programme visant à «combattre le racisme au sein des communautés LGBT». Le sujet paraît en effet d’une brûlante actualité à l’heure où certains militants s’inquiètent de l’apparition d’un «homonationalisme» (voir aussi édito page 3). Enfin, même parmi les gays et les lesbiennes, tout le monde n’accepte pas que l’on remette en cause les barrières et les stéréotypes de genre : telle lesbienne va ainsi être moquée pour son aspect trop «hommasse» ou tel gay, au contraire, pour son allure trop efféminée (voir aussi encadré page 7). Quant aux transgenres, ils ne sont pas toujours les bienvenus au sein de la «communauté» LGBT. Grid, musicien membre du duo electronica King’s Queer et FtM (Female to Male), peut en témoigner : «c’est beaucoup plus compliqué d’être trans dans le milieu gay et lesbien qu’auprès des hétéros ! Certaines lesbiennes voient d’un très mauvais œil les FtM et nous considèrent comme des traîtres, des machos, donc des oppresseurs. Un soir, alors que nous devions jouer dans un lieu lesbien, la patronne s’entêtait à me désigner par le pronom «elle». Elle a même déclaré : «je dirai «il» quand tu porteras une moustache !»… À l’heure où le milieu gay et lesbien ne pense qu’à rivaliser de conformisme avec les hétéros, les trans dérangent parce que nous ne pouvons pas être rangés dans une case». La persistance de ces discriminations remet finalement en cause l’existence même d’une «communauté» LGBT. Au-delà d’un certain nombre d’«ennemis» communs (le patriarcat, le machisme, «l’hétéronormativité»), les expériences vécues par les gays, les lesbiennes, les bisexuels ou les transgenres seraient-elles finalement trop différentes pour impliquer une solidarité allant de soi ?

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