Dodo

Fières d’être des salopes ?

Les «marches des salopes» visent à dénoncer les violences faites aux femmes, mais leur dénomination fait débat chez les féministes.

Après avoir essaimé à Séoul, Rio de Janeiro, New York, Berlin ou Londres, le mouvement des SlutWalks (littéralement : «marche des salopes») débarque pour la première fois en France (à Lyon, mais aussi Paris, Bordeaux, Lille et d’autres grandes villes) samedi 6 octobre. La première de ces manifestations de rue s’est tenue à Toronto (Canada) le 3 avril 2011 pour protester contre les propos tenus par un officier de police local quelques semaines plus tôt. Celui-ci avait estimé que, pour leur propre sécurité, «les femmes devraient éviter de s’habiller comme des salopes». Par dérision, par provocation et aussi pour retourner contre eux le vocabulaire de leurs oppresseurs, des féministes décident alors de lui répondre en se réappropriant le terme injurieux et en lui conférant un sens positif : celui d’une femme libre de se vêtir et de vivre sa sexualité à sa guise, et qui n’a pas à être jugée, stigmatisée ou agressée pour cela. Lors de ce premier rassemblement et de ceux qui ont suivis, beaucoup de femmes arborent délibérément des tenues sexys ou provocantes. Leur message ? Faire comprendre que la responsabilité d’un viol ou d’une agression sexuelle n’incombe jamais à la victime, quelle que soit sa tenue vestimentaire, mais toujours à l’agresseur.

Les «salopes», prisonnières du machisme ?

Si, parmi les féministes, chacun s’accorde à dénoncer la culpabilisation des victimes de viol et l’euphémisation de ce crime, l’emploi du terme «salope», en revanche, est loin de faire consensus. Ce n’est pas la première fois qu’une «minorité» opprimée reprend à son compte une insulte la visant directement afin d’en faire un élément de fierté : les mots «pédé», «gouine», ou «nègre» ont connu le même destin, suscitant à chaque fois les mêmes débats au sein des mouvements d’émancipation. Certaines féministes ont ainsi fait remarquer que toutes les femmes n’étaient pas disposées à se reconnaître dans l’insulte «salope», même détournée de son sens initial, ou que ce terme s’inscrivait dans une opposition binaire («la maman ou la putain»), produit de la domination masculine et qui ne laisse aux femmes que deux choix possibles. Selon ces critiques, en se définissant elles-mêmes comme «salopes», les femmes resteraient prisonnières d’une identité forgée par le désir masculin. À Vancouver, en mai dernier, les questionnements ont été si profonds que les organisateurs de la marche ont décidé d’annuler celle-ci pour pouvoir tenir un débat à la place. Nul doute que ces interrogations traverseront aussi les manifestant(e)s qui participeront aux premières SlutWalks françaises.

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