Dodo

“Bambi”, nouveau documentaire de Sébastien Lifshitz

Critique de Bambi, extraordinaire portrait par Sébastien Lifshitz (Les Invisibles) de l’une des premières transsexuelles françaises.

Coccinelle. Gaëtane. Galia. Marie France… Et puis Bambi. «Cherchez la femme», chantait la première, qui fut une star et la pionnière française de la transsexualité. Toutes furent reines des nuits parisiennes, icônes transgenre des cabarets des années 50, 60, 70 et plus, chanteuses, actrices, personnalités hors du commun. Femmes de rêves s’étant inventé un nom, un corps, une identité, un destin.

D’elles, on connaît surtout les paillettes et le glamour, la légende en somme, à peine déflorée parfois dans une autobiographie : Elle était une fois pour Marie France, Marie parce que c’est joli pour Bambi. Ce livre, comme les suivants (J’inventais ma vie ou Madame Arthur), elle l’a signé de son nom de femme, Marie-Pierre Pruvot, celui avec lequel elle fit carrière dans l’Éducation nationale après qu’elle ait quitté les scènes du Carrousel de Paris et de Madame Arthur, où elle avait tant brillé.

Un portrait tout en finesse

De Bambi, Marie-Pierre, 77 ans désormais, a conservé l’élégance racée, la beauté à peine fanée, la présence aussi, telle que la capte la caméra de Sébastien Lifshitz saisissant ses souvenirs. Car le réalisateur des épatants et césarisés Invisibles a choisi, après l’avoir rencontrée dans le jury du festival parisien Chéries-Chéris, de consacrer son nouveau documentaire à Bambi, à son incroyable parcours et à son impressionnante force de caractère. Il le fait à sa manière, jamais brusque, attentive à l’extrême, mêlant la parole d’aujourd’hui de Marie-Pierre aux images de Bambi hier, images de spectacles et de coulisses mais aussi images intimes, puisque la jeune femme n’a cessé de filmer des éclats de sa vie en Super 8.

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On la suit de l’Algérie de son enfance, quand elle s’appelait Jean-Pierre (ce prénom qu’elle ne supporta jamais), jusqu’à l’aube de sa troisième vie (celle de Marie-Pierre l’enseignante de Lettres), en s’arrêtant bien sûr sur ses années parisiennes sur les planches où elle était Bambi. Avec douceur, précision, évidence, sans un mot de plainte concernant les épreuves qu’elle a dû traverser pour accomplir son destin, Bambi se raconte, et son témoignage, comme ceux des Invisibles, nous raconte une part de notre histoire, de nos histoires. Le film, justement couronné d’un Teddy Award au dernier festival de Berlin, ne dure qu’une heure. Autant dire qu’on aurait volontiers passé beaucoup plus de temps en si bonne compagnie.

 

Bambi, de Sébastien Lifshitz
En DVD chez Épicentre Films

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