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Vincent Guillot : «arrêt inconditionnel des opérations sur les enfants intersexes !»

Vincent Guillot est porte-parole de l’Organisation Internationale Intersexe Francophonie.

Les problématiques transidentitaires et intersexes sont souvent confondues ; comment l’expliquez-vous ?

Vincent Guillot : Est intersexe toute personne née dans un corps qui n’est ni mâle, ni femelle et qui ne correspond donc pas aux attentes de la société. À l’inverse, une personne trans est née dans un corps conventionnel (mâle ou femelle) mais elle désire le modifier ou bien vivre différemment de ce que la société attend d’elle. La confusion entre les deux est fréquente car certains trans ne savent pas qu’ils sont intersexes tandis que des intersexes peuvent revendiquer une identité trans.

Avez-vous le sentiment que la cause des personnes (notamment des enfants) intersexes progresse ?

Vincent Guillot : Ces deux dernières années ont été véritablement charnières. En novembre 2012, la Commission nationale d’éthique suisse a demandé l’arrêt inconditionnel des opérations sur les enfants intersexes. Selon elle, ceux-ci doivent pouvoir bénéficier d’un accompagnement à l’autodétermination et leurs parents d’un soutien psychologique. Cette première étape est une grande victoire, même si cet avis doit encore se traduire par une loi, sur laquelle travaille l’Assemblée fédérale [le Parlement, NdlR] suisse.

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En février 2013, le rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants a également condamné les interventions chirurgicales d’assignation sexuelle sur «les enfants qui présentent à la naissance des caractères sexuels atypiques».

Enfin, le 1er octobre dernier, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a voté une résolution en faveur de l’arrêt des opérations sur les enfants intersexes et pour une étude sur leur vécu. Alors que depuis soixante ans, ces mutilations génitales sont systématiques, une telle étude n’a jamais été menée. Or, nous savons, nous, qu’elles ont des conséquences psychologiques et physiques désastreuses qui se traduisent souvent par une désinsertion sociale, une mauvaise image de soi et donc des conduites à risques, des suicides, etc.

Les partisans des interventions chirurgicales d’assignation sexuelle sur les bébés intersexes justifient celles-ci par le bien-être des enfants…

Vincent Guillot : Certes, les enfants intersexes non-opérés peuvent rencontrer des difficultés auprès de leurs camarades, mais ceux que l’on opère passent une grande partie de leur enfance à l’hôpital et doivent en supporter les conséquences toute leur vie. Oui, la société est dure, mais est-ce que l’on doit chercher à rendre hétérosexuels les enfants homosexuels afin qu’ils ne souffrent pas d’homophobie ? Doit-on rendre blancs les enfants noirs pour qu’ils ne soient pas victimes de racisme ? Est-ce réellement le rôle des médecins de modifier des corps pour les conformer à des attendus sociétaux violents, réactionnaires et sexistes ? Je pense plutôt que c’est à nous de faire évoluer la société pour que tous les enfants puissent s’y épanouir. Et les discussions que j’ai pu avoir avec des amis issus de sociétés où l’on ne mutile pas les enfants intersexes me confortent dans cet avis : ils ont grandi tout à fait harmonieusement.

Certains États ont récemment mis en place, sur leurs papiers d’identité ou leurs passeports, une case qui s’ajoute aux cases «homme» ou «femmes». Est-ce l’une de vos revendications ?

Vincent Guillot : Cette mesure est déjà effective en Australie, au Népal, au Pakistan et dans certains États de l’Inde. À titre personnel, je me retrouverai très bien dans cette troisième case car je ne me vis ni en homme ni en femme. Mais c’est une revendication qui émane des associations trans, pas du mouvement intersexe car la plupart d’entre nous se vivent comme hommes ou femmes. En ce qui me concerne, je prônerais plutôt l’abolition de la mention du genre dans l’état civil, comme on a aboli la mention de la religion ou de la race.

 

Photo : Vincent Guillot dans le documentaire L’Ordre des Mots de Cynthia Arra et Mélissa Arra

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