Dodo

Bérangère Jannelle monte “La Nuit des rois (ou ce que vous voulez)”

 

Des croisements amoureux, du travestissement, des quiproquos et une fin heureuse où les amants se reconnaissent et s’épousent : il y a bien sûr comme un avant-goût des œuvres de Marivaux dans La Nuit des rois ou ce que vous voulez, comédie écrite par Shakespeare au tournant des XVIe et XVIIe siècles. Mais c’est vers l’univers d’un autre artiste que la tire la metteuse en scène Bérangère Jannelle, qui s’est inspirée pour ce spectacle des films de Fellini.

L’influence du cinéaste italien se fait en effet sentir dans la forme (très marquée par l’empreinte du cinéma et de la comédie musicale, avec des chansons, des cuts, des fondus au noir et même des gros plans) et dans le fond de cette pièce très festive transposée dans un monde aux faux-airs de dolce vita, où la modernité semble déjà délicatement fanée, où les iPods semblent dès à présent vintage et duquel sourd une douce mélancolie. «C’est une pièce sur la drague, à la sensualité extravertie, dans laquelle il est beaucoup question de spectacle et de mise en scène de soi. Les personnages se font leur cinéma, littéralement» explique Bérangère Jannelle, qui s’est souvenue pour l’occasion de ses vacances, adolescente, en Italie et qui a donné à sa compagnie (La Ricotta) le nom d’un film d’un compatriote de Fellini, Pier Paolo Pasolini. On sait que les conventions du théâtre élisabéthain interdisaient aux femmes de monter sur scène et que les rôles féminins, du vivant de Shakespeare, étaient donc interprétés par des jeunes hommes (à la grande fureur des puritains qui estimaient que cet artifice attirait les homosexuels dans les théâtres…). Ici, c’est la même actrice qui joue le rôle de Viola et celui de son frère jumeau Sébastien, pour lequel elle se grime d’une barbe postiche et d’une marinière façon Jean-Paul Gaultier qui souligne son androgynie. L’ambigüité des sentiments s’en trouve dès lors renforcée, la multiplicité des désirs soulignée et il plane ainsi sur cette mise en scène de Bérangère Jannelle un parfum de libération des mœurs : chacun se retrouve alors confronté au choix difficile mais exaltant de pouvoir aimer un homme, une femme… «ou ce que vous voulez».

La Nuit des rois ou ce que vous voulez, du 25 février au 1er mars à la MC2, 4 rue Paul Claudel-Grenoble / 04.76.00.79.00

Photos : © Stéphane Pauvret / La Ricotta

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