Dodo
olivier dubois tragedie heteroclite copyright francois stemmer

“Tragédie” d’Olivier Dubois, ou comment faire communauté

Dans Tragédie, Olivier Dubois montre la métamorphose qui fait passer les individus au rang de communauté : un spectacle éprouvant mais grandiose.

Autant évacuer tout de suite la question qui risque fort de lasser par sa récurrence : oui, les dix-huit interprètes de Tragédie d’Olivier Dubois sont nus sur le plateau durant toute la représentation. Et non, il ne s’agit pas là d’une concession à un quelconque effet de mode qui toucherait la danse contemporaine ni même à une illustration facile d’une hypothétique “mise à nu”.

Pour le chorégraphe, qui vient tout juste de succéder à Carolyn Carlson à la tête du Centre chorégraphique national de Roubaix Nord-Pas-de-Calais, la tragédie qui donne son titre à la pièce, c’est que «le simple fait d’être homme ne fait pas humanité». Olivier Dubois s’est alors donné comme objectif de montrer sur scène cette métamorphose qui fait passer les individus au rang de communauté.

Du multiple au singulier

Lorsque la pièce commence, neuf femmes et neuf hommes sillonnent le plateau en marchant, sur une musique au rythme sourd, qui scande leurs déplacements. Puis, ces individualités qui ne font que se croiser s’harmonisent peu à peu, forment des groupes chorégraphiques jusqu’à devenir une masse mouvante, une seule et unique peau sur la scène. L’humanité naît de la prise de conscience du monde environnant et de l’action des individus. Or, cette présence corporelle brute sur le plateau, le regard des danseurs qui fixe les spectateurs, la transpiration des corps, le souffle saccadé des interprètes, sont autant de marques de leur présence au monde.

olivier dubois tragédie copyright francois stemmer

De même que la bande musicale dont le rythme va crescendo, atteignant son paroxysme sous les lumières stroboscopiques, il n’y a pas de retour en arrière possible dans le mouvement que les danseurs mettent en marche. Les corps exténués à la fin de la pièce sont des corps en résistance, les corps de l’effort. Tel le chœur antique des tragédies grecques, les dix-huit danseurs sont finalement devenus les membres agissant d’une communauté plus large, qui les dépasse. Et tout comme dans les tragédies grecques, la diversité des émotions est éprouvante pour le spectateur mais elle porte en elle quelque chose de grandiose.

 

Tragédie, mercredi 21 mars 2018 à Bonlieu à Annecy (74)

 

Photos © François Stemmer

Poster un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.