les revenants ibsen thomas ostermeier coypright Mario del Curto

Thomas Ostermeier met en scène “Les Revenants” d’Ibsen aux Célestins

Le metteur en scène allemand Thomas Ostermeier revient cette année encore à Lyon avec une pièce d’Ibsen (Les Revenants), accompagné cette fois d’une troupe française pour incarner les personnages de l’auteur norvégien.

Aussi sûrement que David Pujadas lance un sujet sur la rentrée des classes à la fin du mois d’août, Ostermeier revient désormais chaque saison à Lyon avec une nouvelle pièce d’Henrik Ibsen. Mais là où la redondance du journal télévisé cache mal un criant manque d’inspiration, le travail du metteur en scène allemand met en lumière la profondeur et l’originalité de l’écriture du dramaturge norvégien. Et le texte du XIXe siècle s’avère extrêmement utile à la compréhension de notre monde. Dans Les Revenants, pièce écrite en 1881, le passé est omniprésent. Telle la construction de l’asile qui doit célébrer la mémoire du chambellan Alving, l’histoire des personnages touche à sa fin et le dénouement des situations se dessine, inéluctable. Dans cette société protestante corsetée par les conventions sociales, les individus étouffent sous le poids de la bienséance et les carcans menacent de voler en éclats.

Famille, je vous hais

Dans la veine de Maison de poupée, qui reprend à son compte un certain nombre des théories du féminisme norvégien naissant, Les Revenants dresse le portrait d’une femme, Hélène Alving, veuve du chambellan, qui menace l’ordre établi. À la veille d’une cérémonie qui doit chanter les louanges de son défunt mari, cette dernière s’ouvre au pasteur et dévoile les secrets qu’une famille bourgeoise se doit de cacher : alcoolisme, adultère, enfant illégitime.

Celle qui a accepté d’endosser le rôle de mauvaise mère pour protéger son fils Oswald des exactions de son père en vient à justifier les relations incestueuses de celui-ci avec sa demi-sœur si cela peut le rendre heureux. Celle qui a sacrifié sa vie à la bienséance comprend enfin que l’individu ne peut vivre libre sous le regard de la société. La liberté coûte cher chez Ibsen et Mme Alving est trop faible pour en payer le prix, mais elle se prend à rêver qu’Oswald puisse en profiter.

Les normes sociales comme linceul de l’individu

C’est compter néanmoins sans le poids du passé, sans ces revenants qui hantent la pièce et les personnages : «les péchés des pères retombent sur les fils», nous dit Ibsen. Et tous ces secrets payés de sacrifices innombrables, tous ces maux que la bourgeoisie cherche à ensevelir sous le silence, réapparaissent chez Oswald sous la forme de l’hérédosyphilis. Empruntant à cette théorie médicale du XIXe siècle –  aujourd’hui totalement discréditée – qui veut que des troubles physiques, psychiques ou moraux chez un individu soit la marque de la syphilis chez un de ses aïeuls, Ibsen fait de l’infection vénérienne le symbole d’un passé auquel on ne peut échapper. Pour l’auteur norvégien, rien ne sert d’abandonner sa liberté aux normes sociales, puisque tous les sacrifices que l’on fait en leur nom ne seront pas récompensés au final. Coucou La Manif pour tous, on en parle ?

 

Les Revenants, du 18 au 22 mars aux Célestins, 4 rue Charles Dullin – Lyon 2 / 04.72.77.40.00

 

Photo © Mario del Curto

 

 

L’hérédosyphilis, une théorie plus morale que médicale

Développée à la fin du XIXe siècle par le médecin français Alfred Fournier, la théorie de l’hérédosyphilis joue sur la peur de l’opprobre des familles et réactive des valeurs morales conservatrices. «Il peut s’agir d’imprécise «neurasthénie polymorphe», de vertiges, de migraines, d’éblouissements, d’instabilité mentale ou de «dystrophie morale» : onanisme enragé, nymphomanie, perversion sexuelle, cleptomanie. Plus généralement, ce peut-être tout signe d’inadaptation au milieu physique, social ou psychologique» explique l’historien Alain Corbin, spécialiste du XIXème siècle français, dans son article La Grande peur de la syphilis (dans l’ouvrage collectif coordonné par Jean-Pierre Bardet, Peurs et terreurs de la contagion, Fayard, 1988).

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