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Daniel Cordier revient sur sa jeunesse dans “Les Feux de Saint-Elme”

Dans le récit autobiographique Les Feux de Saint-Elme, l’ancien résistant Daniel Cordier raconte son éveil à l’homosexualité dans les années 30.

les feux de saint-elme daniel cordier editions gallimard nrf heterocliteAvec Alias Caracalla, publié en 2009, Daniel Cordier était l’auteur d’un très beau récit initiatique. Il y racontait comment, adolescent antisémite, nationaliste et royaliste en 1939, il était devenu un homme de gauche passionné d’art au contact de Jean Moulin, dont il avait été le secrétaire dans la Résistance avant d’en être le biographe. Les Feux de Saint-Elme relate un autre apprentissage : celui de la sexualité et de l’homosexualité, que Cordier avait peu évoquées jusque là, bien que son homosexualité ait nourri les spéculations à propos des goûts de Moulin.

L’écrivain se dépeint comme un jeune homme exalté qui, au milieu des années 1930, découvre l’amour dans la saga Les Thibault de Roger Martin du Gard et dans La Bohême de Puccini. Il lit aussi André Gide en raison de sa réputation sulfureuse et Céline, dont l’argot sexuel lui échappe cependant. Au collège de Saint-Elme, le jeune bourgeois s’éprend avec fièvre de ses camarades pensionnaires, mais réprime ses désirs sous l’effet de la morale religieuse.

Un amour rêvé

Les trente dernières pages sont les plus captivantes de ce récit bien écrit mais relativement classique. Dans les années 1990, Cordier, devenu septuagénaire, entreprend de retrouver un de ses amours de jeunesse. David Cohen est le «regret de [s]a vie», auquel l’ancien résistant n’a cessé de penser : «il n’y a que lui qui aurait pu me satisfaire physiquement et surtout qui me plaisait», écrivait-il déjà en 1949.

Mais la désillusion est aussi forte que la passion. Si l’amour de Cordier est resté intact, l’aimé a bien changé ; et l’ancien résistant ne retrouve aucun des traits qui s’étaient figés dans sa mémoire. Il est obligé de constater : «toute ma relation passée avec lui est imaginaire. (…) Que l’imagination est impuissante contre la vie !». La confrontation entre le souvenir et la réalité, entre le passé et le présent, est cruelle. Sans doute parce que nous le savons aussi, cela rend Les Feux de Saint-Elme très touchant, et son auteur très attachant.

 

Les Feux de Saint-Elme de Daniel Cordier (éditions Gallimard)

 

Photo © Catherine Hélie / Gallimard

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