Jane Campion, cinéaste anticonformiste

L’Institut Lumière rend hommage à l’anticonformiste réalisatrice Jane Campion, dont la personnalité et l’œuvre sont consubstantielles d’une forme affirmée de féminisme.

Au printemps dernier, la présidente du jury du soixante-septième festival de Cannes, la cinéaste néo-zélandaise Jane Campion, faisait à la direction du festival une proposition audacieuse : composer un jury exclusivement féminin dans ce temple du machisme cinématographique où les réalisatrices sélectionnées se comptent sur les doigts d’une main amputée de plusieurs doigts. Cela aurait offert, selon la provocatrice Campion, l’occasion à tous ces hommes d’être jugés par des femmes – juste retournement des choses…

La proposition ne fut pas retenue, peut-être par crainte qu’une telle décision passe pour «de l’agitation gender», comme l’avait formulé un ami de la réalisatrice. Ce qui n’aurait sûrement pas déplu à la dame, elle qui a fait du féminisme un point central de son œuvre et qui affirme que «(s)es films sont des réactions à l’obsession de la société pour la normalité, sa propension à exclure les déviants».

Des marginaux, des déviants, au premier rang desquels des femmes – marginales et déviantes car bien décidées à conquérir leur place dans la société mais aussi leur sexualité trop longtemps réprimée : le profil des héroïnes de celle qui demeure la seule femme à avoir décroché la Palme d’Or, en 1993, pour La Leçon de piano, est limpide. Le grand critique Michel Ciment, qui vient de lui consacrer un livre d’entretiens, écrit d’ailleurs que «chacun de ses films a en son centre une protagoniste qui lutte pour son autonomie psychique et sensuelle, et qui est en quête de sa subjectivité».

Des personnages féminins toujours en lutte

Tout commence en 1989 avec Sweetie, portrait à l’esthétique mirobolante de deux sœurs, l’une corsetée dans ses peurs, l’autre, obèse, charnelle et follement libre. Puis vient Un ange à ma table, adaptation frémissante de l’autobiographie de Janet Frame, romancière dont le courage et le talent triomphèrent du diagnostic de schizophrénie.

Holly Hunter Anna Paquin La Leçon de piano 1993 jane campion heteroclite

Le triomphe mondial de La Leçon de piano où Ada (Holly Hunter), pianiste muette envoyée épouser un inconnu dans la Nouvelle-Zélande frustre du XIXème siècle, s’éveille peu à peu au désir et à la sexualité, confirme la singularité du regard de Jane Campion. Même si le film a un peu vieilli dans son lyrisme débordant, il n’en reste pas moins un hymne puissant à la liberté des femmes.

C’est aussi le cas de ce très amer Portrait de femme où une magnifique Nicole Kidman campe, d’après Henry James, une jeune Américaine du XIXème siècle se voulant rebelle et qui va d’échec en échec.

Moins aboutis, Holy smoke, In the Cut ou Bright Star ne font pourtant pas exception à la règle. Mais c’est via la détective obstinée de l’hypnotique série télévise Top of the Lake que Jane Campion porte à incandescence cette soif d’absolu au féminin, inventant même un phalanstère où des femmes brisées par la vie se groupent et se reconstruisent sous la houlette d’une Holly Hunter transfigurée en gourou et en double saisissant de Jane Campion elle-même : comprenne qui voudra…

 

Week-end Jane Campion, vendredi 19 et samedi 20 septembre à l’Institut Lumière, 25 rue du Premier Film / 04.78.78.18.95 / www.institut-lumiere.org

 

À lire

Jane Campion par Jane Campion de Michel Ciment, éditions Cahiers du Cinéma
Michel Ciment donnera par ailleurs une conférence sur Jane Campion vendredi 19 septembre à 19h30 à l’Institut Lumière (entrée libre) et présentera tous les films de la réalisatrice qui y seront projetés durant ces deux jours (Bright Star, Sweetie, Un ange à ma table, Portrait de femme et La Leçon de piano).

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