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égalitéEs, une plateforme numérique contre le sexisme

Entretien avec Éléonore Dumas et Guillaume Tanhia, développeurs du projet égalitéEs, une plateforme numérique pour lutter contre les inégalités

En quoi consiste le projet égalitéEs ?

Guillaume Tanhia : C’est un projet très vaste, où il y a beaucoup de choses à faire ! L’idée qui le sous-tend, c’est que les nouvelles technologies sont le meilleur moyen de parler d’égalité entre femmes et hommes de façon ludique, joyeuse et drôle, notamment lorsqu’on s’adresse aux jeunes générations.

Éléonore Dumas : égalitéEs s’organise autour d’un “navire amiral” : la plate-forme égalitéEs, avec ses trois entrées. La première, c’est une encyclopédie numérique sur l’égalité entre femmes et hommes, qui s’adressera à tout le monde. Elle sera conçue par des spécialistes et mêlera textes, vidéos, documents sonores et infographies. La deuxième entrée, c’est un site d’information qui traitera de sujets d’actualité liés aux droits des femmes avec pour ambition de faire participer les internautes : nous ne voulons pas seulement qu’ils commentent comme sur tant d’autres sites, mais qu’ils apportent un éclairage, qu’ils proposent une ressource à laquelle nous n’avions pas pensée, etc.

Enfin, la troisième entrée réunira des petites capsules vidéos, des clips ou des mini-séries réalisées par et pour les jeunes, qui pourront notamment prendre part à leur écriture par le biais de leur lycée, de leur MJC ou de façon informelle. Le but, c’est de produire des programmes à même de créer le buzz en choquant, en faisant rire et réfléchir afin qu’ils soient diffusés massivement sur les réseaux sociaux.

Guillaume Tanhia : Outre cette plate-forme avec ces trois entrées, égalitéEs se veut aussi un incubateur pour d’autres projets, comme le site Internet La Panthéone, un panthéon virtuel pour rendre hommage aux femmes qui ont fait l’Histoire. L’inégalité entre femmes et hommes est la plus répandue, puisqu’elle touche la moitié de l’Humanité. Mais nous pensons qu’elle est aussi un levier pour aborder d’autres formes d’inégalités et de discriminations, par le biais d’une approche transversale.

Comment embrasser dans un même média la pluralité des féminismes, avec leurs analyses parfois contradictoires ?

Éléonore Dumas : L’encyclopédie a un rôle purement informatif et donc plus objectif. Son but est de présenter tous les courants de pensée qui existent, tous les courants féministes (et Dieu sait qu’il y en a beaucoup !), de mettre en lumière les contradictions. On ne refusera de parler de rien, pas même des masculinismes, au contraire. Le site d’actualité présentera des débats autour de questions de société. Nous sommes engagés mais pas militants. Nous, on ne défendra rien, on présentera des idées.

Guillaume Tanhia : Par ailleurs, le projet égalitéEs vise avant tout le grand public et les jeunes et non pas spécifiquement les militant-e-s féministes engagés en faveur de l’égalité des sexes et qui peuvent déjà avoir leur avis sur la prostitution, la gestation pour autrui ou le port du voile, pour citer quelques sujets qui font débat chez les féministes. Sur égalitéEs, il n’y aura pas de charte se positionnant sur ces questions-là. Il est hors de question qu’égalitéEs soit l’otage de telle ou telle chapelle du féminisme. L’essentiel, pour nous, est que les internautes s’en emparent eux-mêmes et elles-mêmes et que le débat puisse avoir lieu.

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Qu’est-ce qu’un homme peut apporter à un tel projet ? En quoi est-il concerné ? Comment fait-il pour ne pas «imposer» sa vision singulière d’homme sur des luttes de femmes ?

Guillaume Tanhia : Mon rôle n’est pas d’imposer un point de vue mais au contraire de jouer les médiateurs, de permettre que des opinions différentes puissent émerger et débattre ensemble. C’est là que ma formation de journaliste peut apporter quelque chose à égalitéEs. Au sein du projet, je suis moins un chef qu’un animateur.

À l’origine, j’avais d’ailleurs proposé que le conseil d’administration des Esperluettes associés, l’association à but non lucratif qui porte le projet, ne soit composé que de femmes. Cela me semblait un contrepoint intéressant à tous ces lieux de pouvoir où l’on ne trouve que des hommes. Mais les résistances les plus fortes sont venues des femmes de l’association elles-mêmes ! Au final, nous sommes parvenus à un compromis : il y a un homme et six femmes au sein du conseil d’administration. J’espère qu’à l’avenir, le projet égalitéEs ira en s’élargissant et que nous pourrons embaucher de nouvelles personnes, pour former une équipe représentative de la diversité de la société d’aujourd’hui.

Éléonore Dumas : L’engagement des hommes est essentiel car ce combat, les hommes et les femmes doivent le gagner ensemble. Les hommes doivent comprendre que l’égalité ne bénéficie pas qu’aux femmes et qu’ils subissent eux aussi des stéréotypes. Parmi les personnes qui portent actuellement le projet égalitéEs, il y a notamment Guillaume, qui est un ancien journaliste, Muriel (Salle, NdlR), qui est historienne et universitaire, et moi-même, qui suis passée par l’école 3A (école de commerce et de développement lyonnaise, NdlR) et qui ai travaillé auparavant dans le domaine social au sein d’ONG. Le fait que nous ne venions pas des mêmes horizons et que nous soyons de formations et de sexes différents contribue à enrichir le projet égalitéEs ; cela lui apporte aussi un certain équilibre. En tout cas, je n’ai jamais ressenti que Guillaume apportait un “biais” au projet du fait que ce soit un homme.

égalitéEs a reçu un fort soutien des pouvoirs publics. N’y a-t-il pas là un risque de promouvoir un féminisme institutionnel au détriment d’un féminisme de terrain ?

Éléonore Dumas : égalitéEs est en effet soutenu par différents acteurs publics, tels que le ministère des Droits des femmes (ravalé au rang de secrétariat d’État depuis la formation du gouvernement Valls II, NdlR), la préfète déléguée pour l’égalité des chances Aimée Dubos, le préfet du Rhône Jean-François Carenco, la Ville de Lyon, la région Rhône-Alpes… Mais aussi par des acteurs privés : EDF, Orange, Veolia avec qui nous sommes actuellement en négociations…

Guillaume Tanhia : Qu’il s’agisse de soutiens privés ou publics, il est hors de question qu’on se laisse dicter nos choix car nous voulons rester indépendants. D’ailleurs, nous n’avons jamais ressenti la moindre tentative de formatage de la part de nos soutiens.

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