Dodo

“Little Joe : Hollywood 72” : Morrissey sur les planches

Dans Little Joe : Hollywood 72, Pierre Maillet poursuit son exploration du travail du cinéaste de la Factory, Paul Morrissey, et fait revivre une communauté de wanna-be acteurs du début des années 70.

Il y a tout juste un an, Pierre Maillet présentait à la Comédie de Saint-Étienne Little Joe : New York 68, la première partie de son diptyque autour de la trilogie du cinéaste américain Paul Morrissey. Ce premier volet, adapté des films Flesh (1968) et Trash (1970), dépeignait la vie des prostitués et des junkies du New York de la fin des années 1960. Ce mois-ci, délaissant la grisaille de la Grosse Pomme, Pierre Maillet revient à Saint-Étienne avec la seconde partie de son spectacle, Little Joe : Hollywood 72,  inspirée du film Heat (1972) et consacrée à d’aspirants comédiens tentant de trouver du travail sous le soleil de Hollywood en 1970. Après Denis Lejeune et Matthieu Cruciani, c’est Clément Sibony qui incarnera le personnage de Joe, immortalisé à l’écran par Joe Dallesandro.

Little Joe : hollywood 72 clement-sibony-Copyright-Bruno_Geslin

Une adaptation qui sait garder son indépendance

Admiratif du travail de Fassbinder et de Pasolini, Pierre Maillet a l’habitude de travailler sur les liens entre théâtre et cinéma. S’il cherche à rendre hommage au travail de Morrissey, à sa dimension documentaire et au regard tendre que le cinéaste porte sur la marginalité, Maillet sait également prendre ses distances avec les films. Ainsi, dans le premier volet, il avait fait des deux Joe – le prostitué et le junkie – des frères. Pour Little Joe : Hollywood 72, il a repensé le rapports des aspirants acteurs à leur travail. En effet, Heat est très différent des deux premiers films de la trilogie, non seulement parce qu’il se passe à Hollywood et non plus à New York, mais également parce qu’il est plus écrit et que les comédiens ne sont plus majoritairement des amateurs ou des membres de la Factory.

Un regard moins sévère sur les personnages

En outre, Morrissey, conservateur affiché, porte un regard plus acerbe sur ces victimes du système hollywoodien. S’il a conservé l’aspect satirique de Heat, Pierre Maillet n’a pas souhaité faire de ses personnages des loosers complets, mais a voulu les présenter, eux aussi, comme des marginaux, aux choix de vie différents. C’est pourquoi il s’est attaché dans Little Joe : Hollywood 72 à développer leur fibre artistique – ce que le film occulte – en les montrant au travail. Le metteur en scène a ainsi demandé au groupe Coming Soon de reprendre des morceaux de musique emblématiques de l’underground des années 1970, auxquels Clément Sibony prête sa voix (en marge du spectacle, un concert du groupe, accompagné par l’acteur, sera d’ailleurs proposé au Fil de Saint-Étienne). Le processus de création artistique vient alors exonérer les personnages des fautes d’un système qui les broie.

Coming Soon + Catfish, vendredi 20 février au Fil, 20 boulevard Thiers-Saint-Étienne / 04.77.34.46.40 / www.le-fil.com
Little Joe : Hollywood 72
, du 24 au 26 février à la Comédie de Saint-Étienne, 7 avenue du Président Émile Loubet / 04.77.25.14.14 /
www.lacomedie.fr

Photos © Bruno Geslin

 

 

Factory Boy

Les trois films de Paul Morrissey dont s’est inspiré Pierre Maillet pour sa création théâtrale en deux volets (trois étaient initialement prévus) sont portés par le même acteur principal, Joe Dallesandro. Né en 1948, celui qui n’est alors qu’un petit délinquant punk avant la lettre rencontre Morrissey et Andy Warhol en 1967 et tourne l’année suivante dans le premier film de la trilogie, Flesh, dont la renommé dépasse rapidement les frontières de l’underground new-yorkais. Sa jeunesse et sa beauté magnétiques en font très vite la plus populaire des fortes personnalités qui gravitent alors autour de Warhol et de sa Factory, une faune interlope composée d’artistes, de musiciens, de travestis, de drogués, de prostitués…

Ouvertement bisexuel, Dallesandro séduit autant les hommes que les femmes et devient, grâce aux films de Morrissey, une icône gay qui inspire de nombreux autres artistes queers : Lou Reed le mentionne dans son tube Walk on the Wild Side (1972), les Smiths choisissent une photo de lui pour orner la pochette de leur premier album (1984) et John Waters lui confie un petit rôle dans son film Cry-Baby (1990) !

Poster un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.