Dodo
alain claude sulzer heteroclite copyright onorio mansutti

Alain Claude Sulzer remonte le temps vers “Une autre époque”

Dans deux styles très différents, Alain Claude Sulzer (Une autre époque) et Raphaëlle Bacqué (Richie) nous livrent les portraits à vif de deux hommes liés par des passions interdites, des secrets et des silences ambigus…

Une autre époque alain claude sulzer editions babel actes sud heterocliteAu début, ce n’est pas douloureux. À peine plus qu’une légère démangeaison. On s’en rend à peine compte. On effleure d’un ongle distrait et puis cela passe, on l’oublie presque. Mais il suffit de gratter, doucement d’abord, puis plus intensément, plus régulièrement, et voilà que ça obsède, que ça occupe tout l’espace de nos pensées. On ne peut s’empêcher de gratter encore et encore, jusqu’au sang, jusqu’à s’en arracher la peau. C’est devenu vital de se débarrasser de cette rougeur, qu’importe ce que l’on trouvera dessous, et tant pis si cela doit faire plus mal de mettre à vif. Au début, pour le jeune héros de Une autre époque, le dernier roman d’Alain Claude Sulzer, l’absence de son père n’est pas douloureuse.

Il ne l’a jamais connu autrement que par une photo dans sa chambre et ne s’est jamais intéressé à sa vie ni à sa mort, survenue quelques semaines à peine après sa naissance. En regardant un beau jour cette photo unique, il remarque un détail : une montre qui aurait pu être son héritage et qu’il n’a jamais eue… Il a dix-sept ans et il commence à gratter, gratter, gratter jusqu’à mettre à nu les non-dits, les secrets, les amours cachées, les désirs interdits, la honte venue de ces lointaines années cinquante, la passion tragique…

Un Modiano suisse ?

Il y a quelque chose de Patrick Modiano dans la manière dont, dans Une autre époque, Alain Claude Sulzer remonte le temps, marche sur les traces du passé à la suite de son jeune héros, se heurte aux fantômes, aux adresses perdues, aux silhouettes surgies du néant, aux vies qu’il n’avait jamais imaginées. Mais un Modiano hanté par la question de l’homosexualité, comme dans ce Garçon parfait grâce auquel on avait découvert l’écrivain suisse et son écriture diaphane, tout en délicatesse et en effleurements des sentiments.

Tout le contraire du clinquant à l’œuvre ailleurs, dans ces “livres-révélations” à la Richie, l’enquête de Raphaëlle Bacqué sur Richard Descoings (l’ex-directeur de Sciences Po) et ses sulfureux désirs. Elle gratte, elle aussi, comme par habitude, elle dévoile, elle aussi, des secrets d’alcôves, des anecdotes scandaleuses, un couple puissant (Descoings et le patron de la SNCF, Guillaume Pépy), pourquoi pas un lobby gay… C’est écrit comme un long article, à coup de formules et d’images choc. C’est un peu triste, un peu vain. Il n’y a pas grand chose à y lire une fois que l’on connaît les faits…

 

Une autre époque d’Alain Claude Sulzer (éditions Actes Sud / Babel)
Richie de Raphaëlle Bacqué (éditions Grasset)

 

Photo © Onorio Mansutti

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