Dodo

Miguel Gutierrez à l’honneur du week-end Avril en vrille

À l’occasion du week-end Avril en vrille, les Subsistances s’associent au projet American Realness et nous permettent de découvrir les travaux d’une scène chorégraphique américaine underground qui explore «la visibilité invisible» et «le futur exalté queer», à travers, notamment, deux pièces de Miguel Gutierrez.

Créé en 2010, le festival American Realness est allé chercher son nom dans l’univers du voguing, dans lequel le terme realness («authenticité», en français) désigne la capacité de l’interprète à faire croire à son personnage, à le rendre authentique aux yeux des spectateurs et spectatrices. Ainsi, les pièces présentées dans le cadre de ce festival mettent en perspective réalité et imaginaire et permettent d’explorer, par la danse et la performance, la notion d’identité. Deux thèmes se dégagent des travaux présentés. Dans leurs œuvres, Dana Michel et Ligia Lewis cherchent à rendre compte de «la visibilité invisible» en interrogeant l’identité noire. Miguel Gutierrez, quant à lui, explore «le futur exalté queer» avec Age & Beauty Part 1 : Mid-Career Artist/Suicide (du 1er au 3 avril) et DEEP Aerobics (dimanche 3 avril).

Le duo Age & Beauty Part 1 s’inscrit dans une série de pièces créées par le chorégraphe de Brooklyn et mettant en scène la lassitude d’un danseur vieillissant dans sa quête de reconnaissance. Sorte de rébellion d’un quarantenaire en plein burn-out face au conformisme de la création artistique, la pièce prend la tangente, comme le matérialise les lignes roses fluo tracées au sol, prenant ainsi au pied de la lettre la signification du terme queer. Confrontant deux corps très différents l’un de l’autre (celui du jeune danseur Mickey Mahar, longiligne et diaphane, et le sien, trapu, brun, poilu et moulé dans un maillot de bain une-pièce), dans une chorégraphie aux esthétiques éclectiques, sur une musique dissonante, Miguel Gutierrez emprunte son propre chemin de traverse et soigne son ras-le-bol en dessinant les contours de ce que pourrait être la danse américaine libérée de tout carcan.

Miguel Gutierrez Age & Beauty Part 1 copyright Ian Douglas

Miguel et Davina

C’est une autre convention du spectacle vivant qu’il met à mal avec DEEP Aerobics, en invitant le public à agir directement au sein de la création. Détournant les codes du cours d’aérobic emblématique de l’Amérique yuppie et conquérante, Gutierrez propose aux spectateurs de venir déguisés et de prendre part à sa chorégraphie. Cette forme qu’il a développée notamment en faisant les premières parties du groupe The Knife s’adresse à toutes celles et tous ceux «qui veulent combiner la joie de vivre avec l’absurdité qu’il y a à vivre dans un monde/pays/système économique où règnent l’injustice, la guerre et la bêtise». Et le chorégraphe d’ajouter : «oh, attendez, c’est vous !».

Deep Aerobics credit Pekka Mäkinen Courtesy of Finnish House Of Dance Association

Enfin, ce temps fort sera également l’occasion de revoir Alexander Vantournhout (qui s’était produit aux Subsistances en juin dernier) et de découvrir The Ventriloquists Convention, un spectacle de marionnettes écrit par le pape de la littérature queercore, Dennis Cooper. Si Avril part en vrille, c’est visiblement pour creuser au plus près de l’underground.

 

Avril en vrille, du 1er au 3 avril aux Subsistances, 8 bis quai Saint-Vincent-Lyon 1 / 04.78.39.10.02 / www.les-subs.com

Photos 1 et 2 : Age & Beauty Part 1 : Mid-Career Artist/Suicide © Ian Douglas
Photo 3 : Deep Aerobics © Pekka Mäkinen / Courtesy of Finnish House Of Dance Association

Poster un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.