Dodo
Les vies de thérèse cinéastes gays

Tir groupé de cinéastes gays sur les écrans

En un semestre, pas moins de six films de cinéastes gays français se sont succédé sur les écrans de cinéma ou de télévision. Que faut-il en conclure ?

Qui manque-t-il à l’appel ? Personne, presque personne, c’en est assez sidérant. Et inédit comme tir groupé dans un temps si rapproché, de fin mars à aujourd’hui. Et pourtant, on serait bien en peine de dessiner un quelconque portrait-robot après toutes ces images. Résumons. André Téchiné (Quand on a dix-sept ans), le duo Ducastel et Martineau (Théo et Hugo dans le même bateau), Alain Guiraudie (Rester vertical), François Ozon (Frantz), Sébastien Lifshitz sur Canal+ (Les Vies de Thérèse, Queer Palm 2016 à Cannes) et Paul Vecchiali (Le Cancre, le 5 octobre en salles). Quoi de commun entre ces films, mis à part qu’ils sont signés des plus brillants et des plus pertinents cinéastes gays français d’aujourd’hui (qui sont aussi parmi les meilleurs cinéastes français tout court), toutes générations confondues ? Rien. Vraiment rien et c’est assez fou d’ailleurs, signifiant bien l’extrême ouverture du champ de l’homosexualité dans la production hexagonale, son absolue intégration à l’ensemble de la production.

Un pas essentiel vers la visibilité de l’homosexualité a été franchi

Cela dit assez qu’il n’existe pas là de «cinéma gay» au sens calibré, très restrictif, presque péjoratif, du terme. Est-il nécessaire pour s’en convaincre de lister tous les modes usés par ces films ? Le documentaire autour d’une figure du féminisme, Thérèse Clerc (Lifshitz), la fausse piste du désir masculin subliminal dans une fiction historique (Ozon), l’adolescence, ses désirs et ses tabous (Téchiné), le sida à la lumière des traitements post-exposition (Ducastel et Martineau), la liberté sexuelle absolue et sans limites (Guiraudie), voire l’absence via la sublimation des femmes (Vecchiali).

Autant de manières frontales ou contournées, centrales ou périphériques, traditionnelles ou modernes, pour chacun de ces artistes, de continuer à se confronter à cette identité qui est la leur et qu’ils posent, par leur reconnaissance publique et/ou critique, au cœur même du cinéma français. Ce n’est pas anodin, loin de là, notamment pour cette question essentielle et trop souvent ignorée de la visibilité. Et, par ricochet, de la reconnaissance.

Quand on a dix-sept ans d’André Téchiné (en DVD chez Wild Side)
Théo et Hugo dans le même bateau d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (sortie DVD en novembre chez Épicentre Films)
Les Vies de Thérèse de Sébastien Lifshitz
Rester vertical d’Alain Guiraudie, en salles depuis le 24 août
Frantz de François Ozon, en salles depuis le 7 septembre
Le Cancre de Paul Vecchiali, en salles depuis le 5 octobre

Photo : Thérèse Clerc (1927-2016) et sa fille dans Les Vies de Thérèse de Sébastien Lifshitz © AGAT Films & Cie

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