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Nicolas Cartelet explore les origines de la pédérastie

Avec Aux origines de la pédérastie : petites et grandes histoires homosexuelles de l’Antiquité, Nicolas Cartelet nous éclaire sur cette pratique initiatique de l’aristocratie grecque antique souvent mal connue et mal comprise par nos sociétés contemporaines.

nicolas-cartelet-aux-origines-de-la-pederastie-petites-et-grandes-histoires-homosexuelles-de-lantiquite-grecque-la-musardineDès le début de son ouvrage, Nicolas Cartelet s’amuse de l’homosexualité proverbiale des Grecs anciens et des clichés qui collent à la peau de cette société à l’origine de la civilisation occidentale. Historien et helléniste de formation, Cartelet se propose d’éclairer le concept un peu flou de pédérastie grecque en confrontant cette pratique aux témoignages retrouvés dans la littérature antique mettant en scène aussi bien des héros mythologiques que des personnages historiques. Ainsi, dans une première partie claire et éclairante, il définit ce qu’était la pédérastie pour les Grecs anciens.

Loin d’être une simple pratique sexuelle, il s’agissait plutôt d’une initiation à vocation sociale, réservée à la seule aristocratie. En effet, contrairement à la croyance répandue qui voudrait que la société grecque antique soit très ouverte sur la question de l’homosexualité, Cartelet démontre que, chez les classes populaires où les femmes prenaient activement part à la vie quotidienne, c’est l’hétérosexualité qui était la norme. Et que chez les classes supérieures, l’homosexualité n’était tolérée que dans un cadre restreint répondant à de nombreux critères : la pédérastie. Loin d’être la marque d’une ouverture d’esprit sur la question des mœurs, cette dernière était constituée d’un ensemble de règles : il ne s’agissait ni plus ni moins que d’une construction sociale.

Éromène et éraste : un échange initiatique

Ainsi, les rôles étaient clairement définis : les jeunes gens de l’aristocratie âgés de 12 à 17 ans (les «éromènes») étaient courtisés par des hommes ayant accompli leur éphébie âgés de 20 ans et plus (les «érastes»). Outre l’acte sexuel, dans lequel l’éraste devait forcément être actif et l’éromène passif (sans en tirer trop de plaisir), cette union devait faciliter l’éducation philosophique et militaire des plus jeunes. Cartelet prend ainsi l’exemple du Bataillon sacré de Thèbes, corps d’élite connu dans toute la Grèce antique et composé de 150 couples d’amants redoutés à cause de la force qui les unissait les uns aux autres. Au-delà de son caractère sexuel, la pédérastie repose sur un échange intellectuel et doit insuffler aux jeunes gens les vertus propres aux citoyens grecs. Une fois devenus des hommes aux yeux de la société, les éromènes endossent à leur tour le statut d’érastes et perpétuent la tradition.

Comme le souligne d’ailleurs l’auteur, les rapports homosexuels qui s’écartaient de ces règles strictes étaient mal vus et moqués, notamment par les poètes comme le dramaturge Aristophane. Illustré par les aventures de Zeus et Ganymède, d’Achille et Patrocle ou encore de Socrate et Alcibiade, cet essai bien troussé nous permet de toucher du doigt une conception de l’homosexualité éloignée de la nôtre. Et nous rappelle que les normes sociales sont changeantes, fruits d’une histoire et d’une époque et, en cela, modifiables par l’action humaine.

 

Aux origines de la pédérastie : petites et grandes histoires homosexuelles de l’Antiquité grecque de Nicolas Cartelet (éditions La Musardine)

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