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Genre et cinéma français sous l’Occupation

Un ouvrage se penche sur les représentations ambivalentes des rôles sexués dans le cinéma français de l’Occupation.

Avec Jeunes premiers et jeunes premières sur les écrans de l’Occupation (France 1940-1944), l’historienne du cinéma Delphine Chedaleux étudie les représentations du genre dans les films français des années noires. Elle montre comment la jeunesse a pu être influencée par la vision tantôt pétainiste, tantôt subversive véhiculée par ces films. Le cinéma français de l’époque reflète les paradoxes de la société d’alors, entre transformation (ou dépassement) des normes de genres et «redressement moral» réactionnaire après la défaite.

D’un côté, l’Occupation fut, plus qu’on ne le pense, une période de bouleversement sans précédent des normes patriarcales. La débâcle de 1940 a en effet redessiné les rôles sexués en ébranlant fortement l’héroïsme viril et en donnant une importance et une puissance nouvelles aux femmes, gagnées par un fort désir d’émancipation, du fait de leur implication massive dans la guerre. De l’autre côté, le régime de Vichy entend redresser le pays, ré-insuffler un ordre moral et social. C’est pourquoi les médias soumis à la censure orientent à dessein leurs critiques de films et taisent ce que l’on peut considérer aujourd’hui comme les germes d’une mutation.

Micheline Presle et Jean Marais, deux reflets des mutations de l’époque

Le cinéma, et c’est l’hypothèse de l’ouvrage, semble être le miroir ambivalent de ce changement, notamment à travers ses acteurs et actrices vedettes. Micheline Presle, par exemple, incarne des femmes fortes, effrontées, voire rebelles. Elle se démarque à la vie comme à l’écran par sa verve et par son excentricité. Mais les critiques de cinéma de l’époque offrent une vision stéréotypée de ses personnages. Lorsqu’elle incarne une jeune femme indépendante qui renonce volontairement à l’amour d’un séducteur, préférant «la solitude stoïque au couple hétérosexuel et patriarcal», son personnage devient sous la plume des critiques «une midinette victime d’un Dom Juan».

De même, la virilité à la fois révolutionnaire et ambivalente de Jean Marais (photo) allie délicatesse et puissance, érotisme et douceur. La mise en valeur de sa plastique vigoureuse et de son efféminement porte la marque d’un déplacement du modèle héroïque traditionnel en même tant qu’elle est parfois comparée à l’esthétique nazie.

L’essai de Delphine Chedaleux réhabilite ces deux icônes, incarnations d’un déplacement des normes traditionnelles de genre, voire d’une résistance vis-à-vis de celles-ci et même du pouvoir. Cette contestation ne survivra pas à la Libération, marquée par une violente réaffirmation de la différence des sexes.

 

Jeunes premiers et jeunes premières sur les écrans de l’Occupation (France 1940-1944) de Delphine Chedaleux (Presses Universitaires de Bordeaux)

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