Dodo
Les Os Noirs Cie-Non-Nova-© Jean-Luc BEAUJAULT

“Les Os noirs”, les idées sombres de Phia Ménard

La chorégraphe trans Phia Ménard revient avec sa dernière création, Les Os noirs, au Théâtre Nouvelle Génération, où elle est artiste associée. Entre danse, jeux de lumière et de matière, elle y évoque de manière onirique les affres de l’adolescence suicidaire.

Avec son nouveau spectacle, Phia Ménard poursuit sa quête des éléments. Après Vortex et L’Après-midi d’un foehn, Les Os noirs complète en effet sa trilogie de Pièces du Vent, qui prend elle-même place aux côtés des trois Pièces de Glace et des deux Pièces de l’Eau et de la Vapeur déjà existantes. Dans cette nouvelle création, l’interprète, Chloée Sanchez, est confrontée à diverses matières (le plastique, le tissu, le papier et le métal), sur un plateau traversé par un souffle d’air.

Mais ce qui frappe le plus, c’est sans doute la monochromie de l’ensemble. Tous les éléments auxquels se heurte Sanchez sont noirs, gris ou anthracites. Comme sur un tableau de Soulages, c’est de la réflexion de la lumière sur les différentes surfaces que naissent alors les creux, les pleins et les aspérités, comme autant d’épreuves qui jalonnent une vie. Car aussi poétiques soient-elles, les créations de Phia Ménard prennent toujours racine dans le concret, font toujours écho à la réalité. Et Les Os noirs n’échappe pas à la règle, puisque derrière l’expérimentation plastique, c’est à une réflexion sur le suicide, et plus particulièrement sur le suicide des adolescents, que nous invite la pièce.

Idées noires

La position de Phia Ménard sur la question du suicide est iconoclaste et pour le moins polémique. L’artiste fait en effet un parallèle entre la tentation suicidaire et sa propre transition, laissant entendre que sa réassignation de genre lui a permis de ne pas mettre fin à ses jours. En tant qu’athée pour qui la mort est «une histoire de l’intime et de l’aboutissement de nos vies», elle voit surtout dans le suicide un acte «rationnel», fruit d’une longue et intense maturation. Dans Les Os noirs, elle cherche justement à mettre au jour ce procédé complexe qui mène à une mort choisie et qui échappe inévitablement aux vivants, pour qui ne restent que l’absence et la douleur de la perte.

Ce voyage de la lumière à l’obscurité est un sujet brûlant, notamment dans la communauté LGBT. Une étude publiée en décembre dans le Journal of the American Medical Association montre en effet que 40% des jeunes LGBT ont déjà eu des pensées suicidaires et que 25% d’entre eux ont déjà fait une tentative de suicide (contre respectivement 15% et 6% des jeunes hétérosexuels). La pièce de Phia Ménard devrait donc se révéler particulièrement intense et ébranler les certitudes du public sur la question.

 

Du 3 au 8 mars 2018 au Théâtre Nouvelle Génération, 23 rue de Bourgogne-Lyon 9 / 04.72.53.15.15 / www.tng-lyon.fr


Photos © Jean-Luc Beaujault

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