Dodo
Kae Tempest

Avis de Tempest sur Fourvière

Après trois albums de spoken word (cousin étatsunien du slam) et un Lion d’argent à la Biennale de Venise, l’artiste non-binaire Kae Tempest publiait début avril The Line Is A Curve. Un album qui décline en musique une poésie politique sur un ton jazz et électro.

Né·e en 1985 au sud-est de Londres, Kae Tempest est rapidement remarqué·e par son professeur d’anglais pour son talent d’écriture. Après un premier EP en 2008 et un recueil de poèmes en 2012, Kae Tempest s’attaque dès 2014 à la composition avec trois albums successivement applaudis par la critique. Là où ces précédents projets étaient tournés vers la seule écriture, avec The Line Is A Curve, l’artiste s’ouvre à la mise en musique et livre un opus poétique, en lice pour le meilleur album de l’année.

« Nice life nice house I want lights out ». Cette phrase mélodieuse fait résonner ce que Kae Tempest définit comme « powerful in its musicality » : de la puissance dans sa musicalité. Cette intention se retrouve dans le morceau No Prizes, où les couplets de Kae Tempest s’entrelacent aux refrains de la chanteuse Lianne La Havas. La musicalité vient soutenir le propos d’un morceau combatif. Côté musique, aucune limitation de style ou d’influence : certaines chansons répondent à l’appel du groove, qu’il soit jazzy ou bluesy, d’autres à la libération électronique qu’amènent les basses entêtantes.

L’album retrace le chemin d’une introspection, s’éloignant de l’ordre établi. Face à tout ce qu’on ne remet pas en question car trop ancré, Kae Tempest s’interroge pour nous. Que ce soient sur la binarité de genre (Move), la santé mentale (Water In The Rain) ou le capitalisme (More Pressure), l’artiste invite à sortir des cadres imposés. Entre deux morceaux revendicatifs et politiques, iel intercale un morceau d’électro libératrice. Inspiré du paysage apaisant de Cornwall, Salt Coast est autant une respiration musicale qu’une déclaration d’amour à l’Angleterre dans laquelle Kae Tempest a grandi.

Que ce soit au niveau de l’ambiance musicale (Don’t You Ever et These Are The Days) ou des thématiques abordées (Move et More Pressure), des duos de morceaux émergent, signe d’une cohérence tissée au fil de la progression de l’album. Là où le premier titre faisait état des souffrances engendrées par les limitations sociales (Priority Boredom), l’album termine sa trajectoire cyclique sur une ouverture venant de l’affirmation de soi (Grace). La boucle est bouclée. La ligne est courbée.

Le 17 juillet aux Nuits de Fourvière, 6 rue de l’Antiquaille-Lyon 5.

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