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Les queers “arabes”, les oublié·es des représentations ?

Depuis fin septembre, l’Institut du Monde Arabe propose Habibi, les révolutions de l’amour, une exposition qui donne aux artistes d’Asie et du MENA (Middle East and North Africa) un espace de lutte et de représentation des identités LGBT+ et de genre. Enfin une grande exposition qui réunit des représentations de personnes queers du MENA, pourrait-on dire. En effet, les queers “arabes” sont les oublié·es des représentations, quand ils ne sont pas fétichisé·es et/ou stéréotypé·es. Pourquoi donc une telle invisibilisation?

La représentation médiatique des LGBT+ habitants ou issus du MENA connaît plusieurs embûches qui commencent dans leurs pays d’origine. En effet, les artistes de cette exposition sont majoritairement exilé·es et vivent en Europe ou aux États-Unis. Pas étonnant quand aujourd’hui encore, l’aspect sécuritaire dans la plupart des pays dits “arabes” criminalise l’homosexualité contraignant ainsi les parcours des représentations. S’exprimer publiquement depuis un pays européen n’est donc pas une nouveauté. Toutefois, cela ne garantit pas la sécurité de ces personnes quand elles retournent dans leur pays d’origine/natal. Car être reconnu·e comme un·e militant·e LGBT+ leur fait courir plusieurs risques d’ordre juridique (emprisonnement, exil forcé, etc). Ces obstacles les positionnent à l’intersection de problématiques : entre codes de représentations occidentaux (comme le coming-out) et questions sécuritaires des pays d’origine qui les poussent à préserver leurs identités dans le silence.

Les (in)visibilisations stéréotypées 

Bien qu’ils se disent déconstruits, les milieux LGBT+ en France témoignent souvent encore d’une grande islamophobie et de racisme envers les LGBT+ issus du MENA. Ces dernier·es se retrouvent rapidement exclu·es voir nié·es dans leurs identités car l’association des termes LGBT+, arabe, musulman·e est perçue comme impossible, particulièrement quand les personnes montrent des signes de religiosité. De fait, et faisant personnellement partie de cette communauté et de cette origine, je me suis souvent retrouvée à légitimer mon orientation sexuelle auprès des autres: comment se fait-il que je sois lesbienne, arabe et musulmane ? Ces réactions témoignent malheureusement d’un racisme ordinaire et latent qui considère que l’homosexualité est une forme de libération occidentale ne pouvant exister sous différentes formes ailleurs dans le monde. C’est ainsi qu’avec un sentiment de non appartenance et de non performance de certains codes, les LGBT+ arabes et/ou musulman·es se font exclure de ces milieux.

La représentation a donc rarement été entre les mains des concerné·es, et quand les non-concerné·es s’en sont emparé·es, ils l’ont fait sous un prisme misérabiliste, stigmatisant, fétichiste et orientaliste (dans les termes d’Edward Saïd).  En effet, ces problématiques sont souvent instrumentalisées à des fins homonationalistes qui positionnent l’Occident comme le sauveur d’une identité “clivée” et “non émancipée”, alors qu’il conviendrait plutôt d’aborder la multiplicité des paramètres historiques, culturels et la multiplicité des discriminations potentielles qui freinent l’accès de ces personnes aux privilèges du groupe majoritaire. 

La représentation n’est donc pas qu’une simple question de volonté ou de choix, elle est aussi contrainte par plusieurs oppressions racistes, classistes et islamophobes.

Quels médias safes ?

Malgré les contraintes des espaces et face à l’urgence de se réapproprier les représentations, des alternatives médiatiques se déploient entre les mains des concerné·es. Certains médias, comme les podcasts et les comptes Instagram, permettent aujourd’hui à ces personnes de se représenter fièrement, tout en prenant en considération les multiples enjeux qui les entravent et les empêchent de s’exprimer à visage découvert. Ils permettent ainsi de déconstruire l’image défavorable présentée dans les médias traditionnels. 

Toutefois, et bien qu’elle soit urgente, la représentation ne doit pas devenir une nouvelle injonction qui oblige les personnes à suivre un modèle-type pour exister. On pense notamment au comingout qui n’est pas l’outil de lutte privilégié des LGBT+ du MENA. En effet, les moyens de lutte ne sont pas universels et si le coming-out fonctionne aujourd’hui dans les pays occidentaux car un certain nombre de conditions et de dispositifs légaux le rendent possible, il ne peut devenir une norme à appliquer au reste du monde. C’est aux concerné·es de forger leurs propres représentations en prenant en considération leurs besoins personnels et les obstacles qui les entravent. 

À voir 

Habibi, les révolutions de l’amour, jusqu’19 février à l’Institut du Monde Arabe, 1 rue des Fossés Saint-Bernard-Paris 5 / www.imarabe.org

Pour aller plus loin:

Podcast

JINS:  podcast féministe et intersectionnel sur la sexualité des personnes arabes et/ou musulmanes.

Instagram 

@Artqueerhabibi

Magazine:

www.mykalimag.com

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