Les sextoys sont à la mode. Le vibromasseur, comme pour faire oublier son usage, arbore désormais des formes et des couleurs originales qui en font un banal objet de consommation.

Alors que la législation encadre de plus en plus les manifestations de la sexualité dans l’espace public (répression du racolage, interdiction d’ouvrir des sex-shop à moins de 200 mètres des écoles…), le marché du sextoy semble en plein essor. Jusqu’au début des années 70, la vente et l’utilisation de godemichés étaient pourtant interdits en France. C’est «l’excitation des instincts pervers» qui était en cause, puisque les vibromasseurs, quant à eux, étaient tout à fait autorisés et bénéficiaient même de campagnes de publicité dans de grands journaux populaires comme Détective ou Ici Paris. Il était en effet admis que ces appareils servaient à masser les «parties molles» du corps. C’est Baptiste Coulmont, sociologue et maître de conférences à l’Université Paris 8, qui nous l’explique avant de nous raconter l’anecdote suivante : en 1970, le gérant d’un sex-shop est jugé pour avoir recouvert un vibromasseur d’un préservatif. Les magistrats s’intéressent alors non pas à la destination réelle de l’objet incriminé mais au pouvoir suggestif de sa présentation : «l’appareil dit «vibromasseur» ne saurait être en lui-même considéré comme outrageant pour les bonnes mœurs, mais /…/ décoré d’un préservatif fantaisie, il attire l’attention sur son utilisation sexuelle et entre dès lors dans le champ d’application de la loi pénale». Pour vendre des vibromasseurs, il fallait donc camoufler leur usage. Il semblerait que de nouvelles stratégies de camouflage se soient développées.

Cachez ce sein…

Dans les grandes villes françaises sont apparues ces dernières années des boutiques d’un genre nouveau, proposant aux femmes lingerie et divers objets de plaisir. Loin du gode réaliste couleur chair, le sextoy du XXIe siècle arbore des habits flashy, rose bonbon ou vert pomme. Il n’a souvent plus rien d’un manche lorsqu’il se déguise en canard ou en sculpture design en acier brossé. Didier Wolfs a créé Olisbos en avril 2005, une boutique en ligne consacrée au plaisir. Il nous confirme que les sextoys réalistes s’achètent toujours, mais de façon très discrète, alors que les objets design remportent la mise lors des ventes en réunion. Pour lui, «le ludique a décomplexé le sexuel» et par conséquent élargi le spectre de ses usagers. À Lyon, la vitrine d’Olly Boutique mise également sur des couleurs chaudes, une ambiance cosy et un souci évident d’éviter la vulgarité : ici, très peu de vibromasseurs phalliques. Pour le sociologue Baptiste Coulmont, qui cite ici la chercheuse Rachel Maines, «certaines choses vendues légalement le sont dans un but illégal ou socialement inacceptable. Le marketing de ces biens de consommation requiert donc un camouflage de sa destination». Un appareil de massage hier, des canards aujourd’hui. Avec une différence cependant : «l’aristocratisation» de ces objets, dont Baptiste Coulmont nous fait remarquer qu’ils sont passés du statut d’objets populaires à celui d’objets bourgeois. Les enseignes comme Olly Boutique optent pour une imagerie «chic» et proposent des collections «Luxe». Le créateur d’Olisbos ouvrira quant à lui en avril une nouvelle boutique en ligne dédiée à la lingerie et aux objets sexuels «très hauts de gamme», intitulée Esprit boudoir. Attention cependant, camoufler vos objets vibrants sous des rivières de diamants pourrait les rendre, à l’usage, moins amusants.

Baptiste Coulmont, Sex-shops, une histoire française, éd. Dilecta

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