Quarante ans après, le fantôme de Mai 68 bouge encore dans Nés en 68. Et ce ne sont pas les gays, bénéficiaires (directement ou par ricochet) du vent de libération sexuelle et social qui a suivi les événements, qui vont s’en plaindre.

C’est ce constat-là, difficilement contestable même pour ceux qui vouent aux gémonies l’esprit de 68 et qui veulent, comme un certain président de la République, en liquider l’héritage, que l’on retrouve dans Nés en 68, le nouveau film du couple Olivier Ducastel-Jacques Martineau.

Chronique d’un trio (une femme et ses deux amants) traversant ces quatre décennies, leurs soubresauts et leurs conséquences (politiques, sociaux, sexuels…), Nés en 68 n’est pourtant pas comme les précédents films du duo (Drôle de Félix, Crustacés et coquillages…), centré sur l’homosexualité : il faut en effet attendre les années 90 et l’apparition du fils adolescent de l’héroïne (l’excellente Laetitia Casta) pour que le sujet surgisse. Et qu’il change immédiatement la face du film tout entier.

Jusque-là, ce long feuilleton d’une époque vue à travers des personnages emblématiques et leurs évolutions (à la manière de l’excellent film italien Nos meilleures années) peinait à convaincre : les événements extérieurs, le discours, les clichés d’époque (fleurs dans les cheveux, vie communautaire dans une ferme abandonnée, chansons au coin du feu, etc.) dominaient les personnages et rendaient très artificiel ce qui se déroulait à l’écran, comme si les cinéastes regardaient ça de loin et tentaient de reconstituer un passé folklorique.

À partir du moment où la question gay et celle du sida s’imposent via les deux beaux jeunes gens que sont Théo Frilet et Édouard Colin, c’est-à-dire à partir du moment où des choses liées personnellement, intimement au vécu et au ressenti des Ducastel-Martineau prennent le dessus, le film tout entier prend une densité humaine inédite. Politiquement aussi les choses s’en ressentent, les réalisateurs imprimant leur marque sur la vision de ce temps passé pas si lointain, faisant des combats pour l’affirmation et la reconnaissance des homos aujourd’hui (pacs, mariage, parentalité, etc.) les successeurs incontestables des luttes féministes et des aspirations libertaires des années post-68. Pour Olivier Ducastel et Jacques Martineau cet héritage-là, essentiel, n’est évidemment pas à jeter dans les poubelles de l’histoire. Il faut au contraire le faire fructifier. N’en déplaise aux révisionnistes.

 

Nés en 68 de Jacques Martineau et Olivier Ducastel

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