Avec Edward II, Derek Jarman a réalisé, selon les mots d’un critique, « un film hétérophobe pour contrecarrer une histoire entière de films homophobes« .

L’époque élisabéthaine a été l’une des sources d’inspiration régulières de ce maître du cinéma queer que fut Derek Jarman, et pas seulement pour Edward II. Entre son premier film en 1976 et sa mort en 1994, le cinéaste anglais s’inspire en effet à trois reprises de cette époque pour développer sa vision expérimentale et son discours très politique sur l’homosexualité : en 1979, The Tempest offre une version camp de la pièce de Shakespeare tandis que The Angelic Conversation, en 1985, homosexualise frontalement l’œuvre du grand Will en mettant en scène un couple d’amants en pleine action tandis qu’une voix off lit quatorze sonnets de Shakespeare consacrés aux amours masculines.

Un poème visuel militant et en colère

Mais c’est avec l’adaptation de la pièce de Christopher Marlowe (contemporain, à l’homosexualité avérée, de Shakespeare) consacrée au roi Edward II, détrôné, notamment en raison de sa passion pour le beau Gaveston, que Jarman signe son chef-d’œuvre, son film à la fois le plus esthétiquement abouti et le plus politiquement engagé. Tout en respectant le texte de Marlowe, Derek Jarman le réinvente visuellement et lui donne un sens contemporain. La tragédie d’Edward II, martyrisé parce que pédé (la dernière scène où il est empalé vif est terrible), devient devant sa caméra la tragédie des homosexuels à travers le temps, les derniers soutiens du roi étant des militants du mouvement radical homo OutRage. En jouant ainsi des anachronismes, Derek Jarman fait également entrer dans l’Histoire le sida contre lequel il lutte et qui l’emportera trois ans plus tard.

Film en colère, Edward II est donc un film de combat en faveur du droit des gays et de leur reconnaissance historique. Un critique britannique a ainsi pu écrire qu’avec ce film, Derek Jarman «réalise un film hétérophobe pour contrecarrer une histoire entière de films homophobes, [ce qui] semble une stratégie polémique équitable». On ne saurait malgré tout le réduire à cet aspect, aussi essentiel soit-il, car Edward II est aussi poème visuel somptueux et nimbé d’homoérotisme. Devenu presque un classique, ce film est néanmoins un classique ultra-moderne, un classique queer qui n’a rien perdu de son intensité ni de son insolence.

 

Edward II
Projeté dans le cadre du Festival Lumière 2017
Dimanche 15 octobre 2017 à 17h au Cinéma Opéra, 6 rue Joseph Serlin-Lyon 1 / 04.78.28.80.08
Vendredi 20 octobre 2017 à 14h30 au Lumière Bellecour, 12 rue de la Barre-Lyon 2 / 04.78.84.67.14

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