Avec J’ai tué ma mère, Xavier Dolan est déjà dans un cinéma où le fait d’être gay ne justifie pas un scénario, mais nourrit et influence un récit dont les problématiques sont plus vastes…

Il a vingt ans et tout pour lui : jolie gueule (ça saute aux yeux) et talent fou (ça se remarque dès la première image). Lui, donc, c’est Xavier Dolan, réalisateur, scénariste, producteur et acteur de son premier film dont le titre sonne autobiographique (et heureusement symbolique, merci Œdipe…) : J’ai tué ma mère.

L’histoire ? La confrontation d’un ado gay (Dolan lui-même) et de sa mère. Pas du tout à cause de l’homosexualité du garçon, plutôt parce que les mères ne sont pas toujours à la hauteur de leur rôle, et les fils non plus, et que la complicité de l’enfance n’a qu’un temps, et que la révolte contre les parents est fondatrice. Sur un ton de comédie (qu’un tabassage homophobe vient soudainement interrompre), Dolan met donc en scène cet affrontement mère-fils sur le mode «Je t’aime moi non plus», sous le regard de l’amant du jeune homme qui vit de son côté une relation fusionnelle avec sa génitrice.

Une maturité insensée

Si J’ai tué ma mère est extrêmement bavard (au point de nécessiter des sous-titres car l’accent québécois des acteurs est parfois incompréhensible), il est aussi brillamment filmé par un jeune homme que les médias canadiens et cannois (le film a été très remarqué au dernier Festival) comparent à Rimbaud et qui se réclame lui-même de Cocteau et Godard.

La maturité insensée de Dolan se concrétise dans le traitement qu’il accorde à l’homosexualité, omniprésente mais jamais sujet de son film, fait acquis et indiscutable dans la vie de son personnage. Pas d’histoire de coming out ici, difficile ou pas, pas de découverte à tâtons de son identité, pas de doutes, pas de justifications. Ultra-moderne, Xavier Dolan est déjà ailleurs, dans un cinéma où le fait d’être gay ne justifie pas un scénario, mais nourrit et influence un récit dont les problématiques sont plus vastes : l’adolescence, la famille, le passage à l’âge adulte, la création, l’affirmation de soi, l’indépendance, etc.

En dépit de ses maladresses de jeunesse, J’ai tué ma mère impressionne durablement. On attend avec impatience Laurence Anyways, prochain film annoncé de Dolan avec une grande actrice française en vedette, histoire d’amour bouleversée par la décision d’un homme de devenir une femme… À suivre donc.

J’ai tué ma mère, dimanche 18 septembre 2016 à 17h30 au Ciné-Mourguet, 15 rue Deshay-Sainte-Foy-lès-Lyon / 04.78.59.01.46 / www.cinemourguet.com

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