Pour sa sixième édition, le festival du film gay et lesbien de Saint-Étienne, Face à Face, a choisi une thématique qui fait beaucoup parler d’elle depuis presque un an : sport et homosexualité. Notre sélection parmi une programmation riche et ouverte, comme chaque année, à la production internationale.

«No sport» : même si la formule est probablement apocryphe, tout le monde connaît la célèbre réponse faite par Winston Churchill alors qu’on lui demandait quel était le secret de sa longévité. Pas sûr donc que le Premier ministre de Sa Majesté aurait beaucoup goûté la soudaine appétence des associations et des media homosexuels pour un thème jusque-là plutôt ignoré, voire “tabou“ selon certains : les rapports pas toujours simples entre le sport et l’homosexualité. Depuis le coming-out du footballeur Yoann Lemaire, jusqu’à “l’affaire“ du Paris Football Gay en passant par le documentaire de Michel Royer Sports et Homosexualité : c’est quoi le problème ?, voilà près d’un an que le thème est d’actualité.
Le festival de cinéma LGBT stéphanois Face à Face s’y met à son tour avec pas moins de sept courts-métrages, six documentaires et autant de longs-métrages en rapport avec ce sujet, tous programmés le temps d’un (long) week-end : en soi, chaque festival est déjà un petit marathon, donc un événement éminemment sportif ! Pour Antoine Blanchard, président de l’association organisatrice du festival, le thème de cette sixième édition s’est imposé de lui-même : «au départ, ce sont les élus de la Région qui nous ont alerté sur l’absence d’actions destinées à lutter contre l’homophobie dans le sport, malgré de nombreux problèmes constatés. Et puis, 2010 était également l’année des Gay Games (les “Jeux Olympiques“ du sport gay, organisés tous les quatre ans depuis 1982, NdlR), qui se tenaient à Cologne et auxquels nous avons participé avec deux réalisateurs (Françoise Romand et Yves Bourgeay, ancien directeur du cinéma Le France) qui ont chacun tourné un documentaire qui sera projeté durant le weekend. Et puis, l’avantage de Face à Face, c’est que notre festival a lieu en fin d’année. Ce sera donc l’occasion, non pas de répéter des choses qui ont déjà été faites tout au long de l’année 2010, mais d’en tirer une sorte de bilan sur lequel se fondera l’an prochain le sociologue Philippe Liotard pour la deuxième édition de son séminaire sur ces questions des rapports entre le sport et l’homosexualité».

Face à Face est bien entendu avant tout consacré au septième art, mais pas seulement : durant ces quatre jours seront également organisés des projections pour les scolaires (le jeudi 25 novembre à 10h et 14h30), des débats avec, par exemple, l’ancienne ministre des Sports Marie-Georges Buffet ou encore le réalisateur Louis Dupont (le samedi 27 novembre à 14h et 16h), ainsi qu’une représentation du spectacle La Lesbienne invisible, par la comédienne Océanerosemarie (le samedi 27 novembre à 21h30). Enfin, que les spectateurs plus “churchilliens“ et les plus rétifs à toute forme d’activité sportive se rassurent : les organisateurs ont également pensé à eux en programmant quelques films garantis sans aucune trace du moindre effort musculaire inconsidéré. C’est le cas par exemple du mythique Gouttes d’eau sur pierres brûlantes (voir notre sélection ci-contre). «À travers ce film, on voulait rendre hommage au talent de l’acteur principal, Bernard Giraudeau, qui est décédé d’un cancer le 17 juillet dernier. Et c’est aussi un film que j’aime beaucoup», confesse Antoine Blanchard. Face à Face 2010 s’annonce donc sportif, mais pas que… Ce qui n’est pas une raison pour autant de remiser votre survêtement au placard !

 

Drool (le 26 novembre à 20h30)
Nancy Kissam, la jeune réalisatrice de cette comédie, a visiblement beaucoup vu et aimé le Thelma et Louise de Ridley Scott. Et elle en a tiré de très bonnes résolutions pour le scénario et la mise en scène de ce Drool au charme grinçant et fantasque, comédie noire et barrée autour d’une improbable histoire d’amour entre une vendeuse de cosmétiques sans tabous et une très coincée mère de famille maltraitée par ses proches. On connaît le principe : les contraires s’attirent. Drool en joue avec habileté et énergie, faisant de cette rencontre et de ses conséquences – parfois trash et souvent inattendues – le moteur essentiel de sa réussite. Comédie foutraque et féministe, fable furieuse et libératoire, Drool embarque les spectateurs dans sa fuite en avant.

Nuits d’ivresse printanière (le 28 novembre à 16h)
Faut-il d’abord parler du courage de Lou Ye d’avoir fait ce film contre la censure, ou de la grâce de celui-ci ? Faut-il évoquer en premier lieu son sujet “sulfureux”, sa démarche politique ou sa réussite artistique ? Difficile de trancher tant tout est ici inextricablement lié. La beauté de ce film, sa richesse formelle, son sens de la ville nocturne et de l’intimité presque murmurée tiennent en effet largement à ses conditions de tournage, volées, pressées, arrachées à la nuit où aurait voulu le maintenir le pouvoir chinois. L’histoire ? Une femme engage un détective privé pour surveiller son mari qu’elle soupçonne de la tromper avec un homme. Bien vite, l’enquêteur est fasciné par l’amant… Mais le lourd contexte politique entourant ce film ne saurait expliquer à lui seul les choix esthétiques et narratifs d’un cinéaste cinéphile qui joue ici à reconfigurer en mode gay le Jules et Jim de François Truffaut. Jouant sur les clairs-obscurs et les corps, Lou Ye offre un film au charme et à l’audace entêtants.

Gouttes d’eau sur pierres brûlantes (le 28 novembre à 18h)
Le couple est votre idéal ? Vous pensez qu’un couple de garçons n’a rien à voir avec un couple hétéro ? Allez voir Gouttes d’eau sur pierres brûlantes. Car en adaptant en 1999 cette pièce de Fassbinder, François Ozon a signé ce qu’il appelait lui-même en riant «le premier film anti-Pacs». Non pas que le cinéaste brillant et très gay soit contre la loi qui a donné un embryon de statut aux couples de même sexe, mais Ozon avait tout simplement envie de pointer le ridicule qui consiste à faire de la vie à deux un modèle indépassable. Car c’est à une histoire de manipulation, à une vision étouffante, castratrice et très noire du couple qu’il nous invite. Soient donc Léopold (le regretté Bernard Giraudeau), VRP quinquagénaire, et Franz (le joli Malik Zidi), un jeune étudiant qui tombe sous la coupe du premier et se transforme en parfaite “femme d’intérieur“… Tout est cruel ici, férocement drôle, incisif, déroutant. On rit parfois et pourtant il n’y a guère de quoi à voir ce bocal où tournent et se cognent les personnages. Un sacré film, dérangeant comme on aime, reconstituant avec brio le décor de l’Allemagne des seventies.

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