Olivia Rosenthal participera, jeudi 26 mai aux Subsistances, à une table ronde intitulée Présence animale, dans le cadre des Assises Internationales du Roman organisées par la Villa Gillet.

En 2008, dans votre Lettre aux Américains, vous préveniez : «je n’aime pas qu’on me présente comme intellectuelle, femme, juive, homosexuelle, romancière ou auteur dramatique». Comment souhaiteriez-vous alors qu’on vous présente ?

Olivia Rosenthal : Je crois que je n’aime pas qu’on me présente ! Je trouve toujours compliqué de mettre les gens dans des cases ou des catégories. Par exemple, si on me présente comme romancière, c’est inexact, car je n’écris pas que des romans ; si on me présente comme juive, je me demande en quoi cela peut aider à comprendre ce que j’écris, etc. On pourrait me présenter comme intellectuelle ET femme ET juive, etc., mais cela implique des présupposés et je doute que ces indications soient justes par rapport aux livres que les lecteurs découvrent. Le livre me semble plus parlant que les catégories que l’on essaye de définir pour présenter son auteur.

Mes Petites Communautés (1999) était une réflexion sur le poids des origines. Pensez-vous que la communauté soit l’expression d’un enfermement des individus ?

Olivia Rosenthal : Non, mais mes livres parlent beaucoup de la façon dont chacun réussit à articuler son individualité et sa ou ses communauté(s). Il est toujours nécessaire de questionner, de reconstruire celles auxquelles on appartient. Mon roman Les Fantaisies spéculatives de J. H. le sémite décrit justement le parcours d’un membre de la communauté juive qui s’interroge beaucoup sur son appartenance et qui essaye de trouver sa propre voie, sa propre manière d’être lui-même, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du groupe.

On a le sentiment que les personnages de vos œuvres n’ont pas une identité mais plusieurs…

Olivia Rosenthal : Oui, cela rejoint cette réflexion sur les communautés. C’est important, le multiple. Pour s’inventer une place dans le monde, le multiple nous aide beaucoup plus que les tentatives de nous réduire à une seule dimension, car lorsqu’on est considéré comme relevant de telle ou telle communauté, on est vu d’une certaine manière. Le vrai risque d’enfermement, c’est celui-là.

Cette notion d’identité(s) s’est récemment immiscée dans le débat public. Qu’est-ce que cette soudaine apparition ou résurgence dans le champ politique vous inspire ?

Olivia Rosenthal : Cela me met en colère et me fait peur tout à la fois. Les discours qui tentent de nous réduire à ceci ou cela n’ont rien de nouveau, mais ils ont pris dernièrement une importance considérable. J’espère, même si c’est peut-être utopique, que la littérature peut nous aider à lutter contre ça.

L’héroïne de votre dernier roman, Que font les rennes après Noël ? , est une amoureuse des animaux sauvages qui succombe au charme d’une jeune femme. Est-ce à dire que les lesbiennes sont à vos yeux elles aussi des animaux “sauvages”, plus libres que les autres femmes ?

Olivia Rosenthal : Non, je ne dirais pas ça. Il est difficile de tenir un discours global sur l’homosexualité à partir de ce roman. Je ne pense pas du tout qu’être lesbienne implique d’être plus “sauvage”. Lier l’homosexualité à la marginalité et donc au malheur, c’est vraiment une construction de l’esprit qui vise à reproduire la société telle qu’elle est. En revanche, il est vrai qu’être lesbienne met l’individu en relation avec la société de manière très différente et offre une certaine liberté par rapport à l’idée de la maternité, de la famille… Mais le mot “lesbienne“ n’est pas cité dans le roman, de façon assez délibérée, car ce qui m’intéressait ici c’était l’expérience singulière de l’héroïne. Dès qu’on généralise, on perd un peu de la saveur de la littérature.

 

Photo © Alph. B. Seny

 

Olivia Rosenthal

_1965_ naît à Paris.
_1999_ publie son premier récit, Dans le temps, aux éditions Verticales
_2005_ création de sa première pièce, Les Félins m’aiment bien, à Saint-Denis.
_2006-2007_ accueillie en résidence au centre culturel le CENTQUATRE à Paris.
_2008_ création de sa pièce Les Lois de l’hospitalité aux Subsistances, à Lyon, dans une mise en scène de Marie Vialle.
_2011_ devient la première lauréate du prix Alexandre Vialatte pour Que font les rennes après Noël ? (éditions Verticales) et l’ensemble de son œuvre.

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