On a tendance à oublier que le cinéma français a connu, dans les années 70, une floraison de films militants gays. Lionel Soukaz a signé quelques-uns des plus marquants d’entre eux. Écrans Mixtes lui rend un juste hommage en sa présence.

Dire Lionel Soukaz, c’est penser à Race d’ép. Comme si le parcours et l’œuvre de ce cinéaste militant et expérimental se résumaient à ce film-manifeste qui marque, en 1979, l’émergence d’une homosexualité affirmée et affichée au sein du cinéma français. Or, la programmation d’Écrans Mixtes le prouve, Soukaz est, en ces années charnières du militantisme et de la revendication homos, l’auteur d’autres films marquants.

Né en 1953, Lionel Soukaz n’a pas trente ans lorsqu’il réalise les trois court- et moyen-métrages regroupés lors d’une soirée spéciale le 10 mars : Le Sexe des anges (1976), La Marche gaie (1979) et Ixe (1980). Cela fait plusieurs années déjà qu’il a fait ses armes artistiques grâce au Super 8, et autant de temps qu’il est actif dans les mouvements homos radicaux. Son activité de ces années 70 finissantes se situe à la croisée de ces deux mondes, mêlant recherches formelles et désir de donner une autre image des homosexuels, de la vie et de la sexualité gays. Si Soukaz n’est alors pas le seul à s’inscrire dans ce mouvement d’un cinéma identitaire, il en est à l’évidence, avec le recul du temps, l’un des représentants les plus persévérants, les plus inspirés et les plus marquants.

Avec leur part d’improvisation, d’approximations, leur liberté de ton et d’allure, avec leurs approches très différentes, ces trois films sont autant de jalons permettant d’aborder et de comprendre l’esprit rebelle et libertaire qui anime alors Soukaz et ses congénères.

Trois approches différentes pour une même liberté de ton

Le Sexe des anges est ainsi, à partir de la figure d’un adolescent en recherche de lui-même, une fiction portée par la question du désir, du corps, de la sexualité débarrassés de tout tabou ou interdit.

La Marche gaie se situe sur un tout autre registre, même si l’objectif en est similaire. Soukaz choisit ici la forme documentaire pour réclamer les mêmes droits à jouir sans entraves. C’est à Washington qu’il porte sa caméra pour filmer ce qui demeure aujourd’hui un formidable document sur la première grande marche de 100 000 gays et lesbiennes à travers la capitale américaine. Il filme ainsi la diversité de cette communauté qui émerge et s’impose aux yeux du monde : parents gays, drag-queens, mecs en cuir…

Ixe, enfin, joue la double carte du cinéma expérimental le plus pur et de la provocation politique face à une censure toujours menaçante. C’est une sorte de collage punk mixant des images de sexes en érection, de shoots, d’explosions nucléaires, de matchs de boxe, de fellations, de chatons jouant avec un gode, du pape, etc. Totalement interdit à l’époque, le très provocateur Ixe doit attendre l’arrivée de la gauche au pouvoir pour bénéficier d’une sortie en 1982.

Plus de trente ans après leur réalisation, ces films, parfois maladroits mais d’une sincérité et d’une acuité formidables, disent à quel point le trop méconnu Lionel Soukaz est un acteur essentiel de notre histoire.

 

Photos 1, 2 & 3 : La Marche gaie © Lionel Soukaz
Photo 4 : Ixe © Lionel Soukaz 

 

 

Où se faire une toile ?

Si la majorité des séances du festival Écrans Mixtes se dérouleront au CNP Terreaux (notamment la rétrospective John Waters, la collection «Classiques», la soirée dédiée à Lionel Soukaz et la séance de minuit le samedi soir), l’événement se délocalisera également hors de la Presqu’île le temps de deux soirées spéciales au cinéma Le Comoedia (la soirée d’ouverture, en présence de Céline Sciamma, le jeudi 8 mars et l’avant-première de Bye-Bye Blondie en présence de Virginie Despentes et Béatrice Dalle, le lundi 12 mars) et d’une soirée de clôture à l’Institut Lumière. Des documentaires seront également projetés à la bibliothèque de la Part-Dieu et dans celle du 1er arrondissement les 9 et 10 mars. Enfin, la soirée officielle du festival investira le Blogg, salle de concerts et de soirées du 7e arrondissement.

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