«Elle était la plus heureuse et au top dans les années 80, quand elle était avec sa partenaire. Elles étaient tellement amoureuses et pleines de joie ensemble […] C’est important de dire la vérité sur cet aspect de sa vie».

Peter Tatchell dans le Daily Mail à propos de Whitney Houston, 13 février 2012

Souvent décriée, d’un maniement extrêmement difficile, la pratique de l’«outing» des célébrités (c’est-à-dire la révélation publique de leur homo- ou bisexualité) ne saurait pourtant se résumer à une forme de voyeurisme déplacé du grand public pour l’intimité des «idoles». Surtout lorsqu’elle est le fait, non pas d’un tabloïd racoleur, mais d’un activiste gay aussi reconnu que Peter Tatchell, qui a tenu à rappeler, au milieu du flot d’hommages à Whitney Houston, la bisexualité de la chanteuse.

De la même façon, il serait pour le moins malvenu de se contenter de hausser les épaules en feignant de se désintéresser de la vie amoureuse et sexuelle des étoiles du show-business. Car, à partir du moment où une personnalité choisit de s’exposer aux yeux de tous, il est pertinent et même politique de s’interroger sur ce qu’elle accepte de révéler d’elle-même et sur ce qu’au contraire elle cache : où fait-elle passer la frontière entre vie privée et vie publique et pour quelles raisons ?

C’est pourquoi l’hommage inattendu de Peter Tatchell à Whitney Houston au lendemain de sa mort a eu le mérite de poser des questions qui dérangent et de révéler à quel point les amours entre adultes du même sexe restent associées à une honte tenace et souvent intériorisée. Comme si, individuellement, nous avions toujours autant de mal à accepter notre propre homosexualité, ou celle de nos proches ou de nos personnalités préférées, alors même que la société évolue globalement vers plus de tolérance.

Hétérosexualité publique, homosexualité privée

Car comment invoquer par exemple le respect de la vie privée de la diva Whitney dans le cas de sa relation (supposée) avec son assistante Robyn Crawford, alors même que son mariage avec Bobby Brown avait été amplement médiatisé ? Doit-on en déduire que l’hétérosexualité seule relèverait de la sphère publique, tandis que l’homo- ou la bisexualité seraient hypocritement reléguées dans la sphère privée ?

Le coming-out est toujours un acte difficile, qui demande du courage et que personne ne peut effectuer à la place de la personne concernée. Nous nous garderons donc bien de jeter la pierre à toutes ces stars passées, présentes ou à venir qui n’ont jamais su trouver la force de s’affirmer, au point, pour certaines, de s’astreindre à une double vie tissée de mensonges, de secrets et de reniements (voir à ce sujet l’ouvrage Full Service: My Adventures in Hollywood and the Secret Sex Lives of the Stars, de Scotty Bowers et Lionel Friedberg, paru le mois dernier aux États-Unis).

Mais à présent que Whitney Houston, Cary Grant ou Katharine Hepburn, pour ne citer que quelques exemples illustres, ne peuvent plus souffrir du regard d’autrui ou voir leur carrière brisée par des révélations par trop gênantes, n’est-il pas temps de révéler qui ils étaient réellement ? Dire ce qu’eux-mêmes n’ont jamais pu dire, voilà pourtant un service à rendre à leur postérité qui vaudrait sans doute bien des hommages compassés.

 

Photo : Whitney Houston en concert à Central Park (New York) le 1er septembre 2009 © Asterio Tecson

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