L’humoriste Océanerosemarie enchaîne depuis trois ans les représentations de son spectacle à succès, La Lesbienne invisible.

Votre spectacle La Lesbienne invisible s’inscrit-il dans une démarche militante ?

Oui, clairement, c’est ce que j’appelle de la séduction militante. Ce n’est pas un militantisme agressif avec un message politique, car La Lesbienne invisible est un spectacle d’humour et de divertissement. Le spectacle est militant, mais pas la forme. Rien que le fait de monter sur scène et de parler de l’homosexualité féminine, c’est déjà un acte politique.

Trouvez vous que la visibilité des lesbiennes progresse dans la société en général et parmi les LGBT en particulier ?

Oui, même si ce n’est pas assez rapide. Pouvoir se marier et adopter changera énormément de choses. La loi, c’est un symbole important. Quand un couple homosexuel sera considéré comme n’importe quel couple, les gens seront obligés de changer leur vision des choses. Après, il faut être réaliste, la plupart des femmes médiatisées qui sont lesbiennes ne l’ont toujours pas dit et ne le diront peut être pas. Cela montre bien qu’il y a quelque chose de verrouillé, qu’il y a encore beaucoup de peur à ce niveau-là.

Pour quelles raisons avez-vous accepté d’être la marraine du collectif Gouine comme un camion, qui se bat pour qu’il y ait un char lesbien à la Marche des Fiertés LGBT de Paris cette année ?

Parce que cela fait des années qu’il n’y en a plus. Qu’il y ait autant de chars mixtes ou pour les garçons et pas un seul char de filles est à la fois pathétique et aberrant. Mais cela coûte énormément d’argent, j’espère qu’elles vont réussir à financer ce projet.

Quelles sont vos références en tant qu’humoriste ?

J’aime bien les artistes comme Gad Elmaleh, Florence Foresti, Pierre Desproges, mais je n’ai finalement que très peu de références. J’ai eu une révélation quand j’ai vu les spectacles de Jamel Debbouze et de Julie Ferrier. Je me suis dit : «finalement, on peut faire un spectacle d’humour et dire des choses compliquées, profondes et importantes». Le spectacle de Julie Ferrier a été une vraie claque. Très drôle, il possède aussi une dimension métaphysique sur le parcours de cette jeune fille qui cherche à s’affranchir et à être libre.

Dans quelle mesure votre expérience de musicienne influence-t-elle votre spectacle ?

J’ai fait dix ans de scène avant de commencer mon spectacle, je connaissais bien le rapport avec le public. Cela dit, mon approche est un peu différente, je n’étais pas du tout branchée one-man-show. J’ai écrit mon spectacle avec beaucoup de sincérité, comme on écrit une chanson, avec l’envie de raconter une histoire aux gens. Je trouve que c’est cela qui fait la singularité de mon spectacle, la démarche très sincère et aussi quelque part très naïve. En ce sens là, on peut dire que la musique m’a influencée. Par ailleurs, je chante un peu dans La lesbienne invisible, pas assez au goût de certains. Mais je réfléchis à un nouveau spectacle, qui laisserait une plus grande part à la musique.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

En ce moment, je travaille sur l’écriture d’un long-métrage. Je ne sais pas si j’irai au bout, car c’est très difficile de monter un film. L’histoire ferait écho à celle du spectacle et reprendrait le personnage d’Océanerosemarie un peu là où je l’avais laissé. L’exploitation de La Lesbienne invisible va durer encore assez longtemps, peut-être encore deux ans. Et après, je pense à une pièce avec juste deux personnages, une comédie musicale avec deux comédiennes et deux musiciens, qui sera un peu plus grave, un peu moins humoristique. Mais bon, d’ici là, ça peut bouger. Pour l’instant, je me concentre sur La Lesbienne invisible et sur mon projet de long-métrage.

 

 

Une vision joyeuse de la « lesbiennitude »

Ce n’est pas la première fois qu’Océanerosemarie présente La Lesbienne invisible en région Rhône-Alpes : en novembre 2010, elle avait unanimement conquis le public du festival Face à Face à Saint-Étienne, avant de remporter le même succès trois mois plus tard à Lyon. Depuis le temps qu’elle tourne avec son spectacle, celui-ci a subi quelques légères modifications («pour améliorer le rythme», reconnaît son auteur), mais sa trame est restée la même : la vie et l’œuvre d’une lesbienne handicapée par un prénom à rallonge et par l’incrédulité de son entourage, pour lequel il semble entendu qu’une lesbienne ne saurait-être qu’une camionneuse (ou «butch») affublée d’un physique peu gracieux et forcément déçue par les hommes. Comment, dès lors, une jeune fille si belle, si féminine, avec son rouge à lèvre et ses robes à fleurs, pourrait-elle aimer les femmes ?

Jouant avec finesse sur les clichés de la société hétéro-normée (mais aussi sur ceux des gays, voire des lesbiennes elles-mêmes), Océanerosemarie évite habilement l’écueil de la victimisation pour offrir, grâce à l’humour et à l’auto-dérision, une vision joyeuse et foutraque de sa «lesbiennitude».

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