Très bonne idée que celle des éditions Fayard de republier les romans de Christopher Isherwood. Après trois titres en 2012, deux nouveaux textes de l’écrivain né en 1904 et mort en 1986 sont parus ces dernières semaines : Adieu à Berlin (1939) et La Violette du Prater (1945).

Christopher Isherwood découvre Berlin en y rejoignant le poète W. H. Auden, auquel il sera amoureusement lié toute sa vie. Il y reste de 1929 à 1933. Pour les jeunes gays britanniques, Berlin et plus généralement l’Allemagne offrent alors la possibilité de vivre beaucoup plus librement leur sexualité.

Adieu à Berlin dresse le portrait de la ville au début des années 1930. Sous le regard détaché et moqueur d’Isherwoord se dessinent ainsi la vie nocturne, les soirées frivoles et des personnages hauts en couleur, comme l’excentrique Sally Bowles ou la logeuse Franklin Schroeder. Mais l’insouciance est brutalement interrompue par la montée du nazisme. Le narrateur assiste à l’explosion de l’antisémitisme, au boycott des commerces tenus par des Juifs et aux premières arrestations. Commentant sa dernière promenade dans Berlin avant son départ, il peut ainsi écrire : «même à présent, je ne parviens pas à croire que rien de tout cela ait vraiment existé». La trame du roman sera plus tard reprise dans le film Cabaret (1972) de Bob Fosse, avec Liza Minelli (voir photo ci-dessous).

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Le péril nazi et la perspective de la guerre se retrouvent dans La Violette du Prater, alors que le narrateur, revenu à Londres, est devenu scénariste pour un metteur en scène juif autrichien dont la famille est restée à Vienne.

Une homosexualité en filigrane

Remarquable tableau politique des années 1930, les récits d’Isherwood révèlent également beaucoup de l’homosexualité dans la manière dont elle peut, ou non, se dire. Celle-ci se devine aisément à travers les lignes – par exemple, dans Adieu à Berlin, quand le narrateur rencontre Peter et Otto qui, de toute évidence, sont en couple. Elle n’est pourtant jamais mentionnée directement. Les aventures sentimentales ou sexuelles du narrateur ne sont pas davantage explicitement évoquées. Il faudra ainsi attendre 1976 pour qu’Isherwood, dans Christopher et son monde (dont on attend avec impatience la re-publication), ne donne toutes les clés de ses romans et ne dise combien il y avait occulté l’homosexualité.

 

Photo © Allan Warren

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