Le Dr. Nicolas Morel-Journel est chirurgien au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Lyon, urologue et coordinateur du Groupe de Recherche, d’Etude et de Traitement des Troubles de l’Identité Sexuelle (GRETTIS).

Combien de personnes opérez-vous chaque année ?

Nicolas Morel-Journel : En 2012, j’ai pratiqué 130 opérations dans le cadre d’un changement de sexe. Mais parfois, certains patients nécessitent plusieurs interventions. Par exemple, quand on opère un trans FtM, une première étape consiste à retirer l’utérus, les ovaires et toute une partie du vagin. La deuxième étape (la reconstruction) peut nécessiter deux ou trois interventions. Au final, j’opère donc environ une soixantaine de personnes par an.

Je reçois beaucoup plus de demandes mais je ne peux malheureusement pas en traiter davantage. J’opère parfois jusqu’à quatre jours par semaine ; c’est possible mais c’est fatiguant et notre but n’est pas d’opérer à tout prix dans de mauvaises conditions, d’autant que ce n’est pas de la chirurgie facile. Dans un an et demi, je serai rejoint par un jeune qui est en train de se former et qui sera alors opérationnel, ce qui permettra de développer cette activité. Actuellement, les délais d’attente (entre un an et un an et demi pour une vaginoplastie, par exemple) sont insupportables pour les patients.

5 - interview - Nicolas Morel-Journel - im4 - c. Romain Vallet

Que répondez-vous aux associations trans qui réclament la dé-psychiatrisation complète du parcours de transition ?

Nicolas Morel-Journel : Les associations voient généralement les psychologues et les psychiatres comme des obstacles au parcours de transition des trans, comme des médecins qui vont les juger et leur refuser les autorisations nécessaires à leur changement de sexe. Et c’est vrai que durant des années, l’attitude du corps médical à l’égard du transsexualisme a été très, très frileuse. Les trois-quarts, voire la totalité de mes collègues y étaient hostiles, d’autant plus que certains avocats menaçaient de les traîner devant les tribunaux au cas où l’un(e) de leurs patient(e)s regretterait son opération. C’est pourquoi les premiers chirurgiens qui ont pratiqué des opérations de changement de sexe se sont entourés d’une multitude de garde-fous, de barrières qui étaient foncièrement discriminatoires : instauration de limites d’âge (pas en-dessous de vingt-cinq ans et pas au-delà de quarante-cinq ans), interdiction d’opérer les patients séropositifs, etc.

Lorsque je suis revenu à Lyon en 2007, j’ai fait sauter toutes ces barrières instaurées par mon ancien patron, le professeur Leriche : l’âge minimal pour se faire opérer est désormais de dix-huit ans, il n’y a plus d’âge maximal et les patients séropositifs peuvent se faire opérer comme les autres. En revanche, chaque personne qui vient nous voir doit d’abord passer un entretien avec deux psychiatres et une psychologue.

Nous avons décidé de conserver cette obligation car il nous arrive de rencontrer, lors de ces consultations, une minorité de patients (peut-être 20%) qui sont extrêmement fragiles psychologiquement, qui souffrent de schizophrénie ou de psychoses. Opérer une personne en dépression, par exemple, n’est pas une très bonne idée, parce qu’elle ne sera pas forcément en mesure de gérer les conséquences de son changement de sexe. Dans un cas comme celui-ci, il est important d’essayer de cerner les origines de la dépression : si celle-ci est due à un problème de genre, il ne sert évidemment à rien de faire attendre plus longtemps le patient ; mais le mal-être de certaines personnes que je reçois tient aussi parfois à d’autres facteurs (difficultés relationnelles, isolement social, etc.).

Êtes-vous en relation avec les associations trans ?

Nicolas Morel-Journel : Oui, avec certaines d’entre elles, comme ORTrans (à Paris) ou ACTHE. Je pense qu’on a beaucoup à faire ensemble. Sur Lyon, je n’ai jamais eu véritablement de contact avec Chrysalide, qui, d’après ce que m’ont raconté certains patients, a une vision très négative du groupe que nous formons, le GRETTIS.

Que faudrait-il faire selon vous pour améliorer la vie des trans ?

Nicolas Morel-Journel : Il faudrait que les choses aillent beaucoup plus vite, notamment le changement d’état civil. Personnellement, je pense que celui-ci ne devrait pas être conditionné à une opération de changement de sexe.

 

Bio express

1967 : naissance à Lyon
1987-1993 : études de médecine
1993-2000 : passe un an (de 1994 à 1995) dans les Terres australes et antarctiques françaises, dans le sud de l’Océan indien, durant ses années d’internat
2000-2003 : assistant-chef de clinique au Centre hospitalier Universitaire (CHU) de Lyon
2003-2007 : urologue à l’hôpital d’Annecy (Haute-Savoie)
Depuis 2007 : praticien hospitalier au CHU de Lyon

17 Réponses à “Nicolas Morel-Journel : «les délais d’attente sont insupportables»”

  1. Nathasha cailleux

    Le Dr Morel journel , moi je l adore , j en ai vu des chir et des médecins , a chaque fois c était la même chanson ! je suis inter XXY donc a chaque fois c était l idée de contester une décision médical prise a l enfance et par solidarité médical un Non catégorique !
    Le Dr Morel journel a eu avec moi un comportement très humain , faisant attention a mon genre lors de nos échanges , très correct dans les examens ! et en déplaise a certaine c est un grand Chirurgien en qui j ai toute confiance , cet homme a changer ma vie en bien grâce a lui je suis vivante ! je le revois Lundi 6 en consultation et ce sera un plaisir !

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  2. Margot Andréa BÉLAIR

    Je profite de ce post pour redire un grand Merci au Dr Morel Journel et a toute l’équipe d’Henri Gabrielle (consultations) et de Lyon-Sud (chirurgie) pour leur professionnalisme, leur gentillesse et leur humanité (leur « compassion » dans le sens Bouddhiste du terme).
    De part mon propre exemple, je confirme ce qui est dit dans cet article sur la levée des barrières liées à l’age.
    L’obligation de prises de précautions « Psy » qui sans psychiatriser les trans permettent d’éviter une intervention irréversible sur organe sain me semble indispensable dans le cas ou la demande serait motivée par un état dépressif ou psychotique.
    De plus je peut témoigner que la technique mise au point en collaboration avec un chirurgien de Montréal, si j’ai bien compris, donne des résultats très proches de ceux des « Thaïlandais » autant sur le plan fonctionnel qu’esthétique avec une récupération beaucoup plus rapide.
    La facilitation du changement d’état civil pour toutes et tous, opérées ou non reste un problème non réglé bien que ce fut une promesse de l’engagement « 31 » du candidat Hollande.
    Enfin, il me semble indispensable d’ouvrir la possibilité de conservation des gamètes aux trans qui se retrouvent stériles du fait de l’opération ou de l’hormonothérapie.
    Pour plus de détails je vous engage à visionner l’excellent documentaire passé sur FR3 « Le sexe de mon identité » de Clara Vuillermoz.
    .

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  3. Echo6

    Intéressant, ce que j’ai entendu des équipes françaises et en particulier de celle-ci se résume à cela : nazis, bouchers, haineux, irrespectueux, inhumains, etc…

    Et les résultats seraient très loin du niveau des thais, canadiens ou même belges. Niveau esthétique, sensibilité clitoridienne (j’ai entendu certaines qu’il n’y en avait même pas et d’autres que le clito insensible se trouvait sous l’urètre), risque post-op, etc…

    Difficile de démêler le vrai du faux dans tout ceci.

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    • Margot Andréa BÉLAIR

      Je n’ai pas la prétention de tout savoir sur ce qui se fait en France, je ne peux que transmettre ma propre expérience pour une opération faite à Lyon fin 2012.
      A savoir :
      L’esthétique est tout à fait satisfaisante, mon clitoris est bien placé et très sensible sous son « capuchon ».
      la profondeur vaginale est parfaite, et je n’ai eu aucune suite post-op aux visites à 1 mois et 6 mois.
      Je vous laisse le soins de « démêler » ce que vous voudrez, mais je vous interdis
      de mettre en doute mon témoignage.

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  4. Lea Jeoffroi

    Merci Nicolas! Tu comptes énormément pour nous par ta gentillesse et ton dévouement à nous aider dans ce cheminement de la délivrance…

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  5. Nathasha cailleux

    certaine demande des infos des photos pour leurs forum ou leur petit groupe ! de mon cotés ce sera non ! les mêmes de certain Forum T qui on salis le Dr Morel journel l on traiter de boucher dans leur rubrique « la légende des chirurgiens français  » reviennent maintenant peut a peut ! Désolé je fus Banni de certain Forum car j ai refusé de jouer le Jeux Grettis Assasin , je disais haut et fort les qualité du chirurgien et je retrouve une partie de l erreur dans les Propos d’Echo6 !

    Le Dr Morel journel lui a accepter de m opérer avec un Prader 4 alors que tout ses confrères même étranger ont refuser ! jamais une question sur mon choix , toujours respectueux , et pour avoir accompagner plus d une dizaine de fille jusqu’à Lyon sud ( je ne touche rien au passage je laisse ça au rabatteuse de Chett qui casse la France par souci commercial)et vue les résultat ! c est une qualité extraordinaire

    Pour moi je le redit cet Homme a changer ma vie et Merci

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    • Sophie PLOQUIN

      J’ai hâte de passer entre ses mains !! je suis en liste d’attente depuis septembre 2012.J’ai confiance en lui

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    • Marlène

      Je suis certaine que deux ou trois cours de grammaire française pourraient très facilement vous sortir de cette situation d’illettrée ; Comparée au parcours que vous avez dû subir pour cette réassignation, cette formation serait pour vous un véritable « parcours de santé ». Croyez-moi, cela aussi devrait bien changer votre vie et c’est extrêmement simple.
      Merci pour votre témoignage qui donne envie de se lancer. A priori nous avons enfin des équipes médicales compétentes et bienveillantes dans ce domaine là également en France.
      Cependant, je n’admets pas qu’il faille encore obtenir l’accord d’un psychiatre alors que le trouble de l’idendité du genre n’est plus considéré comme une maladie mentale depuis 2010 . Comment ne pas paraître un peu dépressive quand on supporte depuis tant d’années un sexe qui ne devrait pas être le sien ! Bien sûr que cela fait des dégâts psychologiques ! Par conséquent les psychiatres qui ont probablement leurs quotas à respecter et leur propre opinion sur nous, ont beau jeu de plaider le déséquilibre mental pour justifier leurs refus d’admettre telle ou telle dans ce parcours de transformation. Cette étape psychiatrique porte un nom : La discrimination ! Le corps médical devrait se contenter d’une décharge de responsabilité pour pouvoir agir sans risque de recours juridique. Considérons les transsexuelles comme des adultes une bonne fois et cessons de leur faire subir cette humiliation ! Par ailleurs, cette obligation de s’habiller et de se comporter en permanence comme une femme pendant au moins un an avant de commencer le traitement me paraît également totalement aberrante ; Pourquoi obliger à se travestir dans la vie de tous les jours et dans tous les milieux, sachant que c’est souvent mission impossible quand on n’est pas encore hormonée et opérée. C’est s’exposer aux critiques et remarques sournoises voire aux insultes ou à des violences et cela, les psychiatres le savent bien ! En réalité, la personne souffrant d’un trouble de l’identité du genre choisit les bons moments et les bons milieux pour se travestir sans risque pour sa dignité ou sa sécurité. Il s’agit donc là d’un critère de plus qui a pour seul but le renoncement. Accrochons nous !

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  6. Alexia Sinclair Anderson

    Je tiens a remercier le docteur Nicolas Morel journel il ma sauvée la vie. Étant née avec le syndrome de benjamin j’ai souffert jusqu’au jour de mon operation. Il serait bon qu’une médecine existe en France pour les enfants naissant avec le syndrome de benjamin precoce. Je tiens aussi a préciser que les termes transsexuelle transsexualite transexualisme sont extremement péjoratif et font penser a la sexualité et aux travestis du millieu LGBT mil lieu auquel nous n’appartenont pas cette communauté concerne exclusivement les homosexuel et les travestis…. il serait bon que la médecine supprime ses terme discriminant et péjoratif notre problème concerne l’identité sexuée pas la sexualité.

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  7. Adan

    Bon, moi je désires trouver un médecin qui me suive pour mon traitement hormonal et je ne veux en aucun cas passer par un psychiatre a la con pour avoir une éventuelle autorisation? Alors qui peut me donner une adresse d’un toubib qui me suive? Je ne veux pas passer par l’opération chirurgical mais juste la prise d’hormones et autre pour ma féminisation.. Voila merci a ceux qui me répondrons avec des adresses de bon toubibs 🙂

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  8. Freesz

    Bonjour,
    Pourrais-je avoir les coordonnées de Dr. Morel-Journel?
    Je vous remercie d’avantage.
    Cordialement
    R Freesz

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  9. Claise Geraldine

    J’ai très envie de vivre à Lyon… aussi dés le début de juillet je m’installe à l’hôtel pour être sur place et me trouver un appartement. Plus de 60 m2 dans un quartier discret tout en étant prés des animations et de la gare… j’irai le plus souvent possible à Paris.

    Merci si tu peux m’aider dans ma recherche !… et me guider dans Lyon !

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  10. Leïla Belin

    Bonjour à tou(te)s,

    Je suis trans. J’ai eu un parcours long et difficile du fait de mon isolement géographique à une époque où internet ne livrait au mot clé « trans » que pages porno et autres sites orientés sexe.

    En effet, c’est psychologiquement très éprouvant. mon histoire personnelle ne diffère certainement pas tant des autres trans de ma génération.

    Pourtant, je n’ai jamais rechigné à aller voir un psy, surtout quand il s’agit de faire reconnaître par le corps médical la réalité d’un trouble de l’identité de genre et par la même, l’absence de psychose, schizophrénie ou je ne sais quelle pathologie psychiatrique pouvant pousser un individu à se croire trans sans l’être.

    Ça existe et nul ne peut le nier.
    Aucun chirurgien digne de ce nom ne saurait opérer quiconque sans avant procéder à cette évaluation.

    Ne confondons pas psychiatrisation et évaluation psychologique…

    Pour ce qui est des chirurgiens français en général et des équipes pluridisciplinaires les entourant, Aucun malheureusement aujourd’hui n’est comparable au Dr Morel Journel et son équipe. Que ce soit en termes de technique chirurgicale comme de respect de la personne trans et de ses souffrances.

    Cette équipe de Lyon est un exemple dans notre pays vers une prise en charge des trans respectueuse et de qualité. Dommage que les autres ne suivent pas.

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  11. esch sophie

    nicolas morel journel est un excellent chirurgien et un être humain formidable . bravo pour tout ce qu’il fait et dit .

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  12. Camille

    Bonjour,
    Moi je rejoints les commentaires du Docteur Morel-Journel pourtant sans avoir pu le rencontrer, malgrè une lettre de recommandation de mon psychiatre pour me rapprocher de son équipe.
    Le délais d’attente est insupportable. Un an et demi pour avoir un endez-vous avec lui !!! Bref ! Etant à 100km de Lyon, son secrétariat m’a orienté vers une autre spychiatre, qui elle même pour avoir 6 mois d’attente m’a orienté encore vers une autre psy, qui au final a fini par me faire avoir un rendez-vous dans le mois (déjà décallé de 15 jours pour l’heure).
    Comment ne pas être désemparée, lorsque vous êtes dans cette situation de conflit dans votre tête que vous supportez depuis tant d’années comme moi, que vous trouvez l’énergie la force la volonté et l’opprtunité, pour avancer dans la seule direction que vous savez possible pour vous, et que vous sentez dès le départ que les choses seront peu être réalisable après un parcours du combatant et dans plusieurs années. Comme si les choses pour nous transgenres n’étaient pas assez compliquées à supportées au quotidien.
    Etant en général plutôt optimiste, j’ai encore voeux de croire ma tmutation réalisable malgré tout, même si je reste déçue de cet état de fait que j’accepte.

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  13. LOU GARDEN

    bonjour
    j’ai ete operée d’une vaginoplastie transsexuelle le 31 janvier 2017 a bordeaux par le docteur ROMAIN WERGERT! je souhaiterais avoir des retours de certaines d’entre vous ! merci
    LOU

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