Bells are ringing, triomphe de Broadway dans les années 50, adapté au cinéma par Vincente Minnelli, est mis en scène par Jean Lacornerie avec la complicité de Gérard Lecointe et des Percussions Claviers de Lyon. Entre histoire d’amour et de télécommunications – la pièce se déroule chez Susanswerphone, un service pour abonnés absents –, expériences gays et pratiques échangistes, Bells are ringing est une comédie musicale survoltée et décalée qui résonne étonnamment avec l’actualité de nos passions virtuelles et de nos solitudes entourées.


 

Bells are ringing 2 © Bruno Amsellem Signatures

 

Après avoir livré sa vision des célébrissimes West Side Story et The King and I, le directeur du Théâtre de la Croix-Rousse, Jean Lacornerie, s’est mis en tête en 2013 de faire découvrir au public français une pièce plus confidentielle, Bells are ringing, créée à Broadway en 1956 et adaptée au cinéma en 1960 par Vincente Minnelli, le père de Liza. Signée Betty Comden et Adolph Green pour le livret et Jule Styne (Les Hommes préfèrent les blondes) pour la composition musicale, mise en scène par Jerome Robbins (West Side Story) lors de sa création, la pièce est emblématique du tournant de la comédie musicale américaine des années 1950 qui s’emparent de problématiques contemporaines pour bâtir ses intrigues. La protagoniste, Ella Peterson, travaille en effet pour l’ancêtre des répondeurs, un standard téléphonique qui prend en note les messages des usagers. Cette dernière se prend néanmoins d’amitié pour ses clients et finit par tombée amoureuse de l’un d’entre eux, Jeffrey Moss, un dramaturge en mal d’inspiration, à qui elle va venir en aide. Derrière le charme désuet de la bluette se cache cependant une réflexion terriblement actuelle. À l’heure de Facebook, de Grindr et autre Hornet, il n’est certainement pas anodin de s’interroger sur les réseaux de socialisation que l’on met en place afin de conjurer l’anonymat des grandes villes. Les «cloches qui sonnent» du titre de la comédie musicale sont également les notifications et les alertes que nous recevons sur nos smartphones. Les difficultés d’interactions et les stratégies virtuelles mises en place pour aller à la rencontre de l’autre que dépeint la comédie musicale de Comden et Green, la solitude et le mensonge qui caractérisent les personnages sont également les nôtres. Le choix de Lacornerie, mis en musique par Gérard Lecointe et les Percussions Claviers de Lyon, au-delà de sa valeur patrimoniale, s’avère bien plus troublant qu’on ne le pensait pour les usagers des réseaux sociaux que nous sommes.

 

Bells are ringing, du 3 au 6 novembre 2015 à la Maison de la Danse, 8 avenue Jean Mermoz-Lyon 2 / 04.72.78.18.00 / www.maisondeladanse.com

 

Photos : © Bruno Amsellem – Signatures

 

Approfondir :
Un extrait du film Bells are ringing (1960) de Vincente Minnelli

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